Le Caire doit son rang de capitale plus à la géographie qu'à l'histoire. Dans la mémoire égyptienne, d'autres cités lui ont disputé ce titre, et Thèbes, Akhetaton, Alexandrie… ont, elles aussi, connu leur heure de gloire. Mais aucune n'est à ce point désignée par les éléments naturels comme le cœur du pays, là où la vallée du Nil et le Delta se rencontrent. Et si la "Mère du monde" (Oum el-Dounya) existe, c'est bien du côté du Caire qu'il faut la chercher.

Tout commence avec Memphis, première capitale des royaumes de Basse et Haute-Egypte enfin réunis. Ici vivent et reposent plusieurs dynasties de pharaons tyranniques. Et même si, quelques siècles plus tard, leurs successeurs s'en vont construire leurs temples ailleurs, Memphis ne saurait être tenue à l'écart de la vie de l'empire, où elle occupe une place stratégique.

Lorsque l'armée romaine occupe le pays, elle construit la forteresse de Babylone, non loin de là, sur la rive droite du Nil. Et c'est pour harceler les défenseurs de cette citadelle, quelques siècles plus tard, que les premiers conquérants arabes s'installent un tout petit peu au nord, à Fustat. Les siècles passent et d'autres envahisseurs musulmans créent El-Qahira, leur capitale, à quelques kilomètres de là. Puis des fortifications communes sont édifiées, qui constituent le noyau historique de la cité islamique.

L'entrée du Caire dans la modernité se fait, sous influence occidentale, par de nouvelles extensions au nord et à l'ouest de la ville ancienne. Les techniques de construction permettent de mieux contenir la crue du fleuve, la ville s'étend en direction de la corniche, puis traverse le fleuve pour coloniser la rive gauche, appelée Guizeh. Les îles situées sur le Nil ne sont pas épargnées. Aujourd'hui, l'agglomération cairote englobe toutes
les anciennes cités, autrefois distinctes les unes des autres - Memphis, Babylone, Fustat, El-Qahira… - et s'étend jusqu'au pied des pyramides de Guizeh. Les Egyptiens l'appellent "Misr" (ou "Masr"), du nom arabe qui, en principe, désigne l'Egypte, comme si le pays était symboliquement incarné dans sa capitale.

Combien sont-ils aujourd'hui à vivre au Caire ? Nul ne le sait vraiment. Plus de 10 millions à coup sûr, près de 20 millions disent certains observateurs, qui exagèrent sans doute. La vérité oscille entre les deux. En fait, tout dépend des limites que l'on veut bien fixer à l'agglomération.

Mosquée de Ibou Touloun

Déambulatoire - Mosquée de Mehemet Ali

Mosquée de Mehemet Ali

     
SAKKARAH

Un rapide coup d'œil circulaire sur le site ne révèle rien de particulièrement réjouissant, si ce n'est, peut-être, la pyramide à degrés de Djoser. Mais ne vous contentez pas de cette première approche. En ce lieu, qui servit de sépulture à nombre de pharaons ainsi qu'à leurs épouses, aux princes et aux notables, le plus beau se cache dans les entrailles de la terre ou dans la douce pénombre des mastabas. Outre le fait d'être la nécropole la plus ancienne, c'est surtout pour la qualité et l'extrême finesse des bas-reliefs qui décorent ses tombes que Saqqarah mérite une visite.
 

     

MEMPHIS

Tout proche de Saqqarah, se trouve l'emplacement d'une des plus prestigieuses capitales de l'histoire. Vous pouvez profiter de l'excursion pour lui rendre une rapide visite. Jadis riche en temples et en palais, Memphis a subi des revers de fortune. La ville fut peu à peu délaissée par ses habitants au profit de Fustat, avant de subir le pillage systématique de ses sites. Comme ils l'ont fait avec bien d'autres monuments antiques, les Egyptiens du Moyen Age utilisèrent les matériaux de ses édifices pour en bâtir d'autres. Mal entretenues, les digues qui protégeaient les monuments des crues du Nil, finirent par céder, ce qui a eu pour résultat de drainer d'épaisses couches de sédiments, qui ont recouvert les derniers vestiges.

A côté d'une impressionnante table en albâtre, où se pratiquait l'embaumement des taureaux sacrés Apis, et d'un magnifique sphinx de près de 8 mètres de longueur, c'est surtout le colosse de Ramsès II qui mérite le coup d'œil. Taillée dans un bloc de calcaire très fin, la statue complète (il manque une partie des jambes) mesure 13 mètres).

 

Pyramide à degrés

 

Colosse de Ramsès II

     

LE PLATEAU DE GUISEH (à 18 KM du Caire)

C'est depuis la route des Pyramides (Sharia el-Ahram), un large boulevard bordé d'hôtels, de boutiques et de quelques cabarets, que l'on découvre le plus souvent ce qui éveille la curiosité des hommes depuis quelques millénaires les pyramides. Phénomène étrange, maintes fois constaté, elles apparaissent toujours soudainement, comme par enchantement, d'où que vous veniez. Et immédiatement elles s'imposent. Leur forme, trop géométrique pour être naturelle, et notre connaissance des faits nous obligent à admettre qu'elles sont œuvres humaines. Pourtant, elles semblent si immuables et l'entreprise tellement colossale qu'on pourrait les croire surgies de terre.

Ces monstres, élevés pour servir de sépultures à des rois, sont pourtant plus vulnérables qu'on pourrait le penser. Au fil des siècles, elles ont été pillées, puis mutilées lorsque leurs blocs ont été utilisés pour la construction d'autres bâtiments, enfin défigurées par les constructions modernes, au pied du plateau.

Des monuments de cette ampleur, les hommes n'en bâtiront plus.
Si leur masse n'est pas en danger, le site, lui, l'est. Les pyramides manquent d'espace, de calme et de silence. Les vivants ne sont que trop présents sur ce plateau stérile que les Anciens réservaient aux morts. On aimerait, près d'elles, oublier le présent, croire encore au mystère et à l'énigme qu'elles ont de tout temps été pour l'esprit humain.

Après vous en être approché, il faudra vous en éloigner, les regarder grandir, se détacher sur fond de ciel bleu et de sable d'or. Du sommet d'une dune, elles se montreront telles que vous avez toujours souhaité les voir, splendides et majestueuses.
Comme c'était généralement le cas pour les colossales entreprises funéraires de l'Ancien Empire, la construction des pyramides s'est effectuée en plusieurs étapes. Le projet initial était souvent jugé trop modeste par le roi qui exigeait qu'on le modifie en multipliant parfois par 8 le volume précédemment prévu. Avant de bâtir les pyramides, il fallait niveler la terrasse destinée à les recevoir, un promontoire naturel qui surplombe la vallée de 40 mètres environ. On estime la durée du travail de terrassement et de préparation des sols à une dizaine d'années.

Pour mesurer l'ampleur de cette entreprise et les énormes moyens mis en œuvre, il faut se rappeler que chaque pyramide possède deux temples funéraires, l'un situé à proximité même de l'édifice, l'autre en contrebas dans la vallée. Le Nil, jusqu'à une période assez récente, affleurait leurs pieds. Ils étaient reliés entre eux par une majestueuse allée faite de blocs de pierre taillés et sculptés, celle de Khéops étant vraisemblablement longue d'un kilomètre. Si les plans de ces temples ont pu être reconstitués, sur place, il n'en reste pas grand-chose. Seul le temple bas de Khéphren, longtemps considéré comme celui du Sphinx (le vrai temple du Sphinx, en ruine, se trouve juste à côté) a été reconstruit. C'est un très bel ensemble de gros blocs de granit rose dont la visite donne une bonne idée de la structure et du volume de ces édifices.
 

 

Plateau de Guiseh

Sphinx

La Pyramide de Khéops, la plus grande des 3 pyramides, serait un assemblage de 2,5 millions de blocs, soigneusement ajustés sur une hauteur actuelle de 137 mètres. Initialement, la construction atteignait 146 mètres avec, au sommet, un pyramidion de granit taillé d'une seule pièce. Chaque bloc pèse en moyenne 2,5 tonnes, les plus importants mesurent 0,90 mètre de côté. Leur taille se rétrécit jusqu'à 0,65 mètre au fur et à mesure que l'on se rapproche du sommet. A sa base, la pyramide mesure 230 mètres de côté, ce qui fait une surface totale d'un peu plus de cinq hectares !

S'il n'existe aucun document d'époque sur l'organisation et la durée de ce gigantesque chantier - le plus "récent" étant celui d'Hérodote (484-420 avant J.-C.), postérieur de 2 000 ans à l'élévation des pyramides - on estime à une vingtaine d'années la durée des travaux et à 100000 le nombre d'ouvriers qui s'y relayaient inlassablement. L'entrée actuelle se trouve à une quinzaine de mètres sous l'accès d'origine. Si vous craignez la foule, la poussière, la position courbée et si vous êtes, de plus, sujet à une claustrophobie latente, mieux vaut vous résigner à attendre vos amis à l'extérieur. C'est un long goulet, très étroit, creusé par les pilleurs de sépultures, qu'il faut suivre jusqu'à une intersection. Vers le bas, un couloir de dimension à peu près identique conduit à la chambre funéraire, la première en titre, située à 30 mètres sous le sol et sous la pyramide. Un autre couloir, horizontal celui-là, aboutit à une seconde chambre funéraire, surnommée chambre de la Reine. Egalement inachevée, elle se trouve placée juste dans l'axe de la pyramide. Bien qu'il n'y ait pas grand-chose à y voir, c'est peut-être le moment, à cet endroit précis, de réaliser que vous vous trouvez au cœur d'un monument mythique.

Une grande galerie au sol poli et usé, haute de plus de 8 mètres et longue de 47 mètres - c'est d'ailleurs la partie la plus remarquable de l'édifice - permet d'accéder à la chambre royale où se trouve encore le sarcophage démuni de son couvercle. Un système d'aération très efficace, débouchant sur les côtés nord et sud, permet de renouveler l'air à l'intérieur de la pièce, ce qui est appréciable en période d'affluence. Au-dessus du plafond, composé de neuf blocs de granit d'un poids total de 400 tonnes, se superposent cinq chambres de décharge destinées à soulager le poids phénoménal qu'aurait à supporter la chambre funéraire. Il ne faut pas oublier que la masse totale de la pyramide représente un poids approximatif de 7 millions de tonnes !

A l'est de la pyramide, se trouvent trois petites constructions pyramidales, ainsi que de nombreuses tombes, la plupart appartenant à la famille royale. Au sud, un bâtiment abrite la barque solaire, découverte au début des années 50, réassemblée (elle était en pièces détachées, probablement à cause de son logement trop petit pour elle) et en parfait état de conservation. Cette belle embarcation devait permettre au roi une navigation céleste vers l'au-delà.

La pyramide de Khéphren, sensiblement plus petite apparaît cependant plus imposante. C'est parce qu'elle est bâtie sur une assise en légère surélévation et qu'elle conserve, sur sa partie terminale, son revêtement calcaire. Cette particularité rendait son ascension dangereuse à cause des risques d'éboulements. Un accident mortel survenu en 1977 a amené le gouvernement égyptien à interdire formellement l'ascension de ces monuments, en invoquant de surcroît les dégradations. Ne vous amusez donc pas à partir à l'assaut de ces sommets sous peine d'amende. D'une structure interne moins complexe que celle de Khéops, la visite de Khéphren n'est pas vraiment passionnante, mais son avantage réside dans le fait qu'elle est dix fois moins fréquentée que sa grande sœur.

Pyramide de Mykérinos. Extérieurement très endommagée, elle semble bien modeste comparée aux deux autres. Seulement 66 mètres de haut sur 108 de côté, serions-nous tentés de dire ! On peut également visiter l'intérieur.
Sphinx. Durant sa longue histoire, le Sphinx a été plusieurs fois restauré et désensablé. Une stèle placée entre ses pattes attribue à Thoutmès IV la construction d'un mur destiné à le protéger des sables. Avec l'érosion naturelle, ce sont surtout les Mamelouks qui lui ont fait subir les pires outrages, allant jusqu'à lui emporter le nez durant un exercice de tir au canon. Il a été définitivement dégagé du sable au milieu des années 20. Mi-homme, mi-félin, représenté sous les traits de roi Khéphren, frère et successeur de Khéops, il était chargé de défendre l'entrée du temple aux éventuels pillards. Sa longueur totale est de 57 mètres et sa hauteur, de face, est d'environ 20 mètres.
 
 

Pyramides

 

Vous voilà enfin parvenu dans le saint des saints de l'Egypte des archéologues : une concentration inégalée de ruines grandioses, héritées de l'ancienne Thèbes. Temples et monuments funéraires de la capitale du Nouvel Empire, témoignent d'une foi aujourd'hui éteinte, mais autrefois bien exigeante. La toute-puissance prêtée aux pharaons, comme l'influence reconnue du clergé, ne s'exerçaient que dans la fidélité aux dieux censés veiller sur le royaume. Durant cinq cents ans, Thèbes a vécu sous la tyrannie céleste d'Amon. On ne connaît qu'une exception, de taille il est vrai, Akhenaton qui a fait marteler le temple de Louxor, et persécuter les prêtres d'Amon… Mais la parenthèse atonienne n'a duré qu'une vingtaine d'années. Eclipse fugace au regard des siècles de rayonnement de la ville.

Il ne reste rien ou presque des édifices destinés aux vivants, même puissants… Les arts et les techniques nécessaires à la réalisation des ouvrages merveilleux qui ont résisté au temps, étaient en premier lieu destinés à honorer les âmes et les dieux. Le résultat dépasse l'entendement. Par son gigantisme bien sûr, mais aussi par le souci du détail qui donne un sentiment de perfection. Et dire que déjà 3000 ans ont passé !

Quel sort pouvait bien réserver aux simples mortels une société à ce point soumise aux contraintes religieuses ? Le moins que l'on puisse dire c'est que leur souvenir n'encombre pas les temples. Bas-reliefs et peintures font peu de cas des gens du peuple : artisans, paysans, soldats… Il n'y apparaissent que comme figurants, couvrant d'offrandes un pharaon, quatre fois grand comme eux !

Comment vivaient-ils, ces anonymes asservis aux désirs de grandeurs de leur souverain ? Pour se le représenter, il faut s'attarder un peu dans la campagne verdoyante tout autour : palmiers aux branches ployées sous le poids des dattes, petits canaux boueux irriguant les champs de canne à sucre, ânes pelés transportant des sacs de fourrage… Le décor dans lequel évoluait quotidiennement ce peuple de paysans ne devait pas être alors bien différent.
Bien que tout se passe en douceur et reste bon enfant - comme toujours dans ce pays - les racoleurs de devantures, les conducteurs de calèches, les chauffeurs de taxis, les felouquiers et jusqu'aux gamins qui insistent pour changer une pièce de 5 francs… tous risquent de mettre votre patience à rude épreuve. Votre confiance aussi, et c'est bien plus grave : l'arnaque est au coin de chaque rue.

Parfois, elle a la forme d'un petit service que l'on vous propose avec un sourire et que vous acceptez, par distraction, ou sincèrement touché par l'attention… jusqu'à ce qu'on vous en annonce le prix ! Les trois quarts du temps, il s'agit d'ailleurs de sommes insignifiantes. Mais la répétition, usante, vous donne le sentiment d'être perçu comme tout juste bon à être plumé. A la suite de deux ou trois expériences de ce type vous risquez d'envoyer sèchement paître un innocent, venu en toute bonne foi à votre rencontre (il y en a).

Cela mis à part, Louxor reste une grosse bourgade très animée, d'où se dégage une atmosphère de fête et de gaieté. La présence du temple au cœur même de la ville lui donne un cachet particulier. Le meilleur moment pour en profiter est le début de matinée quand s'ouvrent les premières gargotes et qu'émane du sol et des jardins cette divine odeur de crottin mêlée à celle des jasmins. Ou la fin de journée, quand le Nil se pare de ses plus belles couleurs et qu'évoluent de gracieuses felouques d'un blanc éclatant.

 

Rive du Nil

     
THEBES

Sur la rive ouest appelée Cité des morts, s'étend la Nécropole de Thèbes avec les vallées des Rois, des Reines, des Nobles, des Artistes, le temple de Medinet-Abou et les colosses de Memnon (statues monolithiques de 20 mètres de haut qui gardaient l'entrée du temple d'Aménophis III). Personnalité fascinante de l'histoire pharaonique, la reine Hatchepsout succéda à son père Thoutmosis 1er en usurpant le trône à la place de son beau fils. Elle demanda à son architecte et amant Senmout de lui construire un temple funéraire. Ce dernier choisit Deir el Bahari, cirque montagneux pour abriter comme dans un écrin un temple fabuleux à l' architecture remarquable.
 

Temple d'Hachepsout à Deir El Bahari

     

LE TEMPLE DE LOUXOR

Sa structure actuelle, pour sa plus grande partie, date d'Aménophis III (1400) et de Ramsès II (1235). Il est principalement dédié à Amon mais aussi à Mout son épouse et à Khonsou, leur fils. Ce temple connaissait une intense activité durant les festivités occasionnées par l'Opet, événement de première importance dans le calendrier des manifestations religieuses. Les 3 barques sacrées d'Amon, Mout et Khonsou, entreposées toute l'année dans leur sanctuaire de Karnak, quittaient le temple sur les épaules des prêtres dans la liesse générale. Déposées sur le Nil, elle remontaient le courant jusqu'au reposoir de Louxor tandis que les prêtres célébraient les rites secrets de fertilisation. La fête se déroulait pendant la période des crues et durait 27 jours. Le rituel accompli, les barques regagnaient leurs sanctuaires respectifs en attendant la prochaine procession.

Une allée longue de 3 kilomètres et bordée de sphinx, dont quelques spécimens sont encore visibles, reliait Louxor à Karnak. La majeure partie de cette voie sacrée est aujourd'hui ensevelie sous la ville moderne.
Devant le 1er pylône construit par Ramsès, il ne subsiste qu'un seul obélisque, l'autre a été offert à la France en 1831, et trône place de la Concorde. Son socle est toujours à sa place, devant le temple. A moins d'avoir envie de vous fâcher avec eux, évitez de parler de cet obélisque avec vos amis égyptiens. A l'origine, Mohamed Ali nous avait fait cadeau des deux colonnes, mais la France a renoncé à celle qui, en trop mauvais état, ne pouvait être transportée. Pourtant, ils sont encore nombreux en Egypte à soutenir que l'obélisque parisien a été volé.

Franchi le 1er pylône, sur votre droite, une chapelle comprend 3 chambres, utilisées comme reposoirs des barques d'Amon, Mout et Khonsou. Edifiée par Touthmôsis III, cette chapelle impose une rupture dans le parallélisme des colonnes de la cour. A gauche et surplombant le site, vous remarquerez l'emplacement insolite d'une petite mosquée construite au xIIIe siècle, à une époque où les ruines de Louxor étaient encore ensevelies sous les sables. Par la suite, il fut question de la déplacer mais le sujet ne semble plus à l'ordre du jour. La cour, construite sous le règne de Ramsès II, est ornée d'imposantes statues à son effigie. Elle donne sur une impressionnante allée bordée de colonnes derrière lesquelles vous pourrez observer des scènes processionnelles de la fête de l'Opet. Les bas-reliefs datent de Toutankhamon et d'Horemheb. La cour suivante, celle d'Aménophis III, cernée de colonnes, était autrefois recouverte d'un plafond dont il faut imaginer l'ampleur. Le reposoir qui précède le sanctuaire a été reconstruit par Alexandre le Grand. Les bas-reliefs le représentent en compagnie d'Amon, ce qui montre bien l'importance que ce dieu gardait encore au début de l'époque grecque.

 

Temple de Louxor

Allée de béliers reliant le temple de Louxor à celui de Karnak

     

LE TEMPLE DE KARNAK

Ses dimensions extravagantes (environ 1,5 kilomètres de long sur 700 mètres) et l'enchevêtrement de ses constructions, lui donnent plus un air de cité que de simple temple.

Karnak dans son ensemble est presque trop vaste, trop dense, trop touffu pour pouvoir se révéler d'un seul coup d'œil. Il mériterait, à lui seul, une place qui dépasserait les limites de ce guide. Aussi conseillons-nous vivement aux amateurs de se référer à la notice bibliographique ou encore de s'offrir les compétences d'un guide qualifié (voir pages pratiques). Quant aux autres, qu'ils laissent leur regard s'attarder au gré de leurs préférences sur ces innombrables merveilles, sans chercher à tout voir et à tout comprendre, car en quelques heures, c'est impossible.
Pendant les 1500 ans qu'a duré la gloire d'Amon et la puissance de son clergé, le temple n'a été qu'un perpétuel chantier, chaque pharaon n'ayant de cesse de détruire, transformer ou agrandir les nombreux édifices qui forment cet ensemble. Le temple se compose de 3 parties bien distinctes : au nord Montou (en ruine), au sud Mout et, entre les deux, le grand temple d'Amon, partie de loin la plus intéressante.

Devant le 1er pylône précédé de sphinx se trouvait, à l'origine, l'embarcadère dont subsistent deux rampes d'accès. Ce 1er pylône, jamais achevé et en haut duquel vous pouvez grimper, est l'une des dernières constructions entreprises à Karnak. Tous les pylônes que vous rencontrerez sur votre chemin ont été, à un moment donné, les limites extérieures de l'ensemble, sans cesse repoussées.

Dans la grande cour, sur votre gauche, le petit temple de Séthi II est dédié à la triade Amon-Mout-Khonsou qui, à l'époque où il a été construit, se trouvait à l'extérieur de l'enceinte. A droite, le temple de Ramsès III, avec, sur les murs, quelques bas-reliefs de facture très réaliste. Le grand choc survient, une fois franchi le 2e pylône, quand vous vous trouvez face à cette forêt de 134 colonnes. Œuvre titanesque, commencée sous Aménophis III qui a réalisé l'élévation des 12 colonnes de la nef centrale (23m de haut et des chapiteaux pouvant recevoir plus de 40 personnes debout !) et que les rois successifs, Séthi 1er et Ramsès II notamment, se sont chargés de parachever. La salle (102x53m) était, à l'origine, pourvue d'un plafond. Il est permis de rêver…

Entre le 3e et le 4e pylône se trouve la cour d'Aménophis III où ne se dresse plus qu'un des quatre obélisques autrefois en place.

En prenant à droite, vous pénétrez dans une cour, dite de la Cachette, où ont été retrouvées des quantités phénoménales de statuettes de pierre ou de bronze (plus de 10000 en tout). La cour suivante conserve la base d'un obélisque aux dimensions impressionnantes de 3,20 mètres de côté (celui d'Hatchepsout ne mesure "que" 2,60m). Sur votre gauche, avec en toile de fond les gradins à l'usage du son et lumières, miroitent les eaux verdâtres du lac sacré où se déroulaient les navigations rituelles. Vous ne pourrez faire autrement que de vous arrêter devant le gros scarabée taillé dans le granit, consacré au dieu Atoum-Khéperrê.

Au-delà du 4e pylône, un obélisque érigé par la reine Hatchepsout domine du haut de ses 30 mètres les constructions avoisinantes. Ils étaient 2 à l'origine, avec leurs sommets recouverts d'or.

Passé le 6ème et dernier pylône, une petite cour donne accès au sanctuaire, précédé de deux imposants piliers en granit rose, décorés des emblèmes de Basse et Haute-Egypte.

Le sanctuaire, également en granit, a été construit assez tardivement sous Philippe Arrhidaïos (323) et servait de reposoir aux barques sacrées. La cour suivante, l'ancien emplacement du sanctuaire primitif dont il ne reste rien, aboutit à la salle des fêtes de Thoutmès III. Transformée en église par les chrétiens, un de ses quelques piliers porte encore les traces d'anciennes peintures. Parmi les salles solaires qui se trouvent dans le prolongement, la plus connue est celle, dite du "jardin botanique" à cause de ses représentations de fleurs et d'animaux exotiques.
Accolé à l'enceinte nord, se trouve le petit temple de Ptah construit par Thoutmès III et dont l'un des trois sanctuaires abrite une statue en granit noir de Sekhmet.

 

 

Temple de Karnak


Colones de la salle hypostyle du temple de Karnak

 
Il règne à Assouan une douce torpeur, une flemme, une bonne humeur ambiante qui laisse pressentir le Soudan, tout proche. Ils sont nombreux, les habitants de ce pays, à venir se délasser à Assouan. Vous serez charmés par les Nubiens, par leur douceur, leur élégance et par cette grâce indicible avec laquelle ils accomplissent les gestes les plus anodins. A dos de chameau, en felouque ou au volant d'une 504 Peugeot, un Nubien garde toujours son allure aérienne, mélange de nonchalance africaine et de noblesse flegmatique.

Difficile aussi d'être insensible à la magie de cette cité, autrefois connue sous le nom de Syène. Assouan n'est pas loin de mériter le titre de plus belle ville d'Egypte. Seule la présence incongrue de la monstrueuse tour de l'Oberoï rompt le charme brut des ces blocs de granits rosés, autour desquels s'enroule le fleuve.

Comme dans toutes les contrées où règne le désert, c'est tôt le matin ou bien au couchant que la lumière adoucit les paysages et les pensées. Assouan est une ville à vivre. Peuplée de rêves et de mystères, elle offrira à ceux qui savent les saisir, les instants les plus fascinants de leur voyage.

L'attraction majeure d'Assouan réside en sa somptueuse corniche et ses souks qui la longent en parallèle. A n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, la ville grouille de monde ; les étalages débordent de marchandises et les paniers en osier disparaissent sous des montagnes d'épices : safran, curry, cumin et pétales de carcadé. Prenez le temps d'arpenter ce souk, sans doute l'un des plus beaux d'Egypte. Contrairement à ceux du Caire et de Louxor, où le racolage est parfois agressif, ici tout se passe en douceur et avec le sourire, ce qui n'empêche pas les Nubiens d'être assez durs en affaire. Assis dans un café on profite du spectacle en savourant un carcadé et/ou une chicha.

Si vous préférez la bière au carcadé, vous ne vous attarderez pas trop dans le souk. On vous retrouvera, après avoir fait un petit effort de toilette, à la somptueuse terrasse du Old Cataract. La vue sur la cataracte est remarquable.
 

Felouques sur les rives d'Assouan

     

PHILAE

Autant vous le dire tout de suite, vous ne verrez pas l'île de Philæ, la vraie, engloutie par les eaux du lac Nasser. Les malheurs de cette île, sur laquelle était construit le temple d'Isis, ne datent pas d'hier puisque dès la construction du premier barrage, au début de ce siècle, l'eau submergeait les terres 10 mois par an, recouvrant le temple à mi-hauteur.

Avec la construction du Haut Barrage, dans les années 60, l'île était vouée à l'engloutissement total, comme d'ailleurs de nombreux temples, mais aussi des villages nubiens encore habités. C'est alors que l'UNESCO, alertée par Christiane Desroches-Noblecourt, a entrepris de sauver ce patrimoine de l'humanité en déplaçant plusieurs temples dans des zones non inondées. C'est ainsi que le temple d'Isis a été démonté et reconstruit sur une autre île, plus élevée et éloignée de 300 mètres : Agilka. Auparavant, On avait remodelé les contours de cette île pour lui donner la topographie originale de Philæ.

Les travaux, commencés en 1972, se sont achevés 8 ans plus tard. Vous remarquerez sur les pylônes la marque sombre des eaux qui commençaient à attaquer la pierre.
Temple d'Isis. Ouvert de 7 à 17 heures. Entrée 20LE. Petit temple construit comme une ode à la gloire du Nil créateur de toute chose, il célèbre Isis, la douce déesse, sœur et épouse d'Osiris. La légende rapporte que c'est à Philæ, que la déesse a retrouvé le cœur de son époux, dont le corps avait été disloqué par Seth. La construction du temple et des édifices annexes remonte aux 3 premiers siècles de notre ère. Le culte d'Isis s'y est maintenu avec force et tradition jusqu'au VIe siècle, époque où les chrétiens, prenant la relève, y ont construit une église dont seules demeurent les fondations.

Le temple principal est magnifiquement conservé. Une fois débarqué, vous n'aurez qu'à déambuler entre ses pierres, depuis le ravissant portique sur la gauche de l'esplanade jusqu'à la cour centrale qu'occupe le mammisi. Sur ses murs, les fresques relatent la naissance et l'enfance d'Horus, fils d'Isis et d'Osiris.

Le kiosque de Tragent

Temple de Philäe (vue latérale)

 

 

Temple de Philäe (1er pylône)


Le kiosqueTragent

 

Situé sur la rive gauche du Nil, Edfou est un petit bourg tout en terrasses de cafés réfugiées à l'ombre des arbres où piaillent les oiseaux.

Grâce à son exceptionnel état de conservation, le temple d'Edfou vous laissera probablement un souvenir durable. Pourtant, lors de sa découverte par Auguste Mariette en 1860, il semblait en un bien triste état. Il a fallu expulser les habitants qui l'avaient investi, nettoyer le site et restaurer une grosse partie de l'édifice, notamment les plafonds qui menaçaient de s'écrouler. Ses dimensions sont impressionnantes ; c'est d'ailleurs le plus grand temple d'Egypte après Karnak.

Sa construction, commencée en 237, fut une longue entreprise qui dura près de 2 siècles. Le temple conserve dans son ensemble, une parfaite homogénéité tant dans sa structure que dans sa décoration, et restitue, d'une manière saisissante, l'atmosphère qui devait y régner en des temps antiques.

La plèbe, pourtant durement sollicitée pour financer ces constructions gigantesques, ne pouvait assister aux cérémonies que de l'extérieur. Quant au sanctuaire proprement dit - le saint des saints - il n'était accessible qu'au roi et au grand prêtre des lieux.

Le pylône, d'une hauteur de 36 mètres, a parfaitement conservé les rainures verticales qui servaient à dresser les mâts de bois où flottaient des drapeaux (comme devant chaque temple égyptien). Après avoir traversé la grande cour bordée de colonnes, on entre dans une 1re salle hypostyle aux murs abondamment décorés de scènes d'offrandes. Elle compte 18 colonnes dont 6 sont enclavées à mi-hauteur par un mur qui cache l'intérieur de la salle. A gauche de l'entrée, vous remarquerez une statue d'Horus, et une autre, brisée. De l'allée centrale, vous obtiendrez une belle vue en enfilade jusqu'au sanctuaire, ce qui à l'époque était impossible à cause des lourdes portes qui séparaient chaque salle.

Une 2e salle hypostyle, plus petite mais plus élégante et que supportent 12 colonnes, permet d'accéder à plusieurs chambres où l'on entreposait les offrandes et préparait les rituels. Les deux salles suivantes, permettent, elles aussi, d'accéder à d'autres chambres ou à des chapelles par le biais d'escaliers. Le sanctuaire, qui a conservé son naos taillé dans un seul bloc de granit, date du règne de Nectanibis II. Il comportait à l'origine une porte et abritait la statue sacrée d'Horus. Le petit autel devant la statue supportait la barque du dieu. Tout autour du sanctuaire, un couloir ouvre sur 10 chambres. Dans l'une d'elles est reconstituée une barque processionnelle. Entre le temple à proprement parler et le mur d'enceinte, un déambulatoire à ciel ouvert permet de faire un tour presque complet de l'édifice. A condition de prendre le temps de décrypter les innombrables scènes représentées, on passe en revue toute la mythologie égyptienne.

Premier pyône du temple d'Edfou

 

 

Orus gardant l'accès du second pylône du temple


Temple d'Edfou - détail

 
Peuplée principalement de Nubiens à la peau sombre, chassés de leurs terres par l'édification du Haut Barrage, on l'appelle aussi Nouvelle Nubie. La ville a conservé un peu de son rôle d'antan : elle sert toujours d'étape aux caravaniers, recyclés maintenant dans le commerce des chameaux, dont le marché de Daraw perpétue la tradition. Vivant essentiellement de la canne-à-sucre, la ville compte une importante communauté copte, comme l'attestent ses nombreuses églises.

Lorsque, de la route, le temple vous apparaît, vous ne pouvez plus le quitter du regard. Pour ceux qui l'aborderont depuis le Nil, le spectacle sera encore plus grandiose. Le temple se révèle au sortir d'un long méandre, accroché pour l'éternité à un rocher surgi des sables, et dominant fièrement le fleuve. Ce contraste entre les eaux du Nil, le sable, la roche et le vert lumineux des hautes herbes qui l'environnent - sans parler du ciel profondément bleu de cette région - confère aux lieux une sublime solennité.

Cependant, en dehors de sa particularité d'associer deux temples, consacrés chacun à une divinité différente, il faut reconnaître que le site de Kom-Ombo vaut plus pour sa beauté que pour ses vestiges. Le temple n'est pas en excellent état et présente - aux yeux du profane en tout cas - un aspect assez délabré. l'édifice, dont la construction remonte à l'époque ptolémaïque, n'a d'ailleurs jamais été réellement achevé. l'entrée, inhabituelle, est composée de deux portes, celle de droite ouvrant sur la partie du temple consacrée au dieu crocodile Sobek, celle de gauche sur la partie consacrée à Horus à tête d'épervier, Haroeris. Depuis l'entrée jusqu'aux sanctuaires, ce même procédé se répète. Il faut toutefois noter que les cultes de ces deux divinités ne sont pas séparés, comme nous le montrent certains bas-reliefs.

 
 

 

 

Tout comme le temple d'Isis à Philæ, les deux temples monumentaux d'Abou Simbel étaient voués à l'engloutissement lors de la construction du barrage d'Assouan. Mais à la différence du premier, ils étaient creusés dans une roche. Il a donc fallu les découper pour reconstituer artificiellement la montagne sur un point plus élevé. Commencés en 1963, les travaux n'ont été vraiment achevés que 8 ans plus tard. 12000 tonnes de blocs de 5 à 20 tonnes chacun ont été soigneusement découpés, numérotés, traités aux résines synthétiques, déplacés et réassemblés 65 mètres plus haut.

Le site se compose du Grand Temple, le plus célèbre avec ses 4 colosses en façade, et du temple d'Hathor, situé juste à côté. Tous deux ont été entièrement sculptés à même la roche durant le règne de Ramsès II (de -1295 à -1229).

Le grand temple, dédié aux dieux Harmakhis, Amon, Ptah et au pharaon lui-même, impressionne par ses dimensions. En façade, 4 énormes statues de Ramsès II assis, mains sur les genoux, souriant et contemplatif. Du haut de ses 20 mètres, démultiplié, il semble s'amuser de la petitesse des humains comparée à la grandeur des pharaons. L'intérieur de la 1ère salle ne déçoit pas ; elle est à la mesure de l'ensemble. Haute de plafond et soutenue par 8 piliers osiriaques, ses murs sont décorés principalement de scènes guerrières. La salle suivante, plus petite, ouvre sur le sanctuaire abritant 4 statues taillées dans la roche et représentant les divinités auxquelles le temple est consacré. Le sanctuaire est aligné de telle manière qu'en octobre et février, le 22 exactement, les rayons du soleil illuminent les statues.

Le temple d'Hathor est, lui aussi, flanqué en façade de 6 colossales statues représentant Ramsès II, sa femme Néfertari et leurs enfants arrivant à mi-genoux. Une salle assez vaste, soutenue par 6 piliers osiriaques, donne sur le sanctuaire où se trouve une représentation zoomorphique d'Hathor.

Le grand temple édifié par Ramses II

Le petit temple édifié par Ramses II pour son épouse Nerfertar

 

 

Ramses II


Le petit temple - détail

 

Cerné de toute part de sommets déchiquetés et blotti au fond d'un cirque naturel, sans autre accès que l'unique route empruntée par les hommes depuis toujours, le petit village de Sainte-Catherine n'offre, par lui-même, que peu d'intérêt. Au milieu du village bédouin traditionnel, ont vu le jour de nombreuses constructions parasites (hôtels, bâtiments administratifs, logements sociaux…), toute une vilaine architecture à laquelle s'ajoutent de vastes esplanades souillées d'huile de vidange, de papiers gras, avec une ou deux carcasses d'automobiles calcinées. Il ne faudra donc voir dans ce regroupement d'habitations qu'une sorte de camp de base permettant l'hébergement, le ravitaillement et le point de départ vers ce que la nature et les éléments ont de plus grandiose.

Ce que vous apercevez depuis la vallée ne sont que des prémices, un avant-goût de ce que vous découvrirez quand seront franchies les premières barres rocheuses environnantes. Les paysages qui vous attendent là-haut vous raviront. Ce qui est vrai pour le Sinaï l'est encore davantage pour les différents sommets de Sainte-Catherine, tant la beauté de leurs formes et couleurs tient de la magie. Ceux qui connaissent les Dix commandements, reconnaîtront aussi le mont Horeb.

Le monastère, à 1570 mètres d'altitude, est l'un des plus beaux spécimens d'architecture byzantine. La quasi-totalité de ses murs remonte à sa construction, ordonnée par l'empereur Justinien (en 527 de notre ère), afin de protéger les nombreux ermites des raids des pillards. L'architecte Ailisios, chargé de l'ouvrage, choisit un terrain où une chapelle marquait l'emplacement du buisson ardent. Pour ne pas avoir à la détruire, il l'engloba dans la construction d'une nouvelle église et protégea l'ensemble d'une puissante muraille de 316 mètres de long. Ailisios fut, dit-on, condamné à mort et exécuté pour n'avoir pas placé le monastère au sommet du mont Moïse. Son choix s'est pourtant avéré judicieux car le couvent a résisté aux pillages, à l'usure du temps et aux tremblements de terre.

Deux cents familles originaires de Dacie (Roumanie actuelle) furent dépêchées sur place pour assurer la protection des moines et l'intendance. A partir des VIIIe et IXe siècles, les descendants de ces esclaves se convertirent en masse à l'islam, pour former de nos jours une tribu bien spécifique et très localisée, les Jebelyeh (montagnards). Quoique musulmans, ils reconnaissent l'autorité spirituelle de l'archevêque de Sainte-Catherine.
Tout au long de leur existence, des édits (dont certains signés par d'augustes mains, celles du prophète Mahomet ou de Bonaparte pour ne citer que les plus célèbres) ont protégé les moines, que seuls les Bédouins, peu concernés par ce genre de contrat, ont eu quelque mal à respecter. Mais la menace la plus sérieuse est venue d'Egypte au
XIe siècle, lorsque le calife Hakim se présenta dans la vallée, avec l'intention de raser le monastère. Fanatique, ce souverain avait déjà détruit de nombreux édifices chrétiens. Mais cette fois, il renonça in extremis à son projet, et obtint en contrepartie qu'une mosquée soit érigée dans l'enceinte même du monastère. Durant la campagne d'Egypte, Bonaparte fit restaurer quelques parties de l'enceinte, dont le mur orienté au nord. Le percement d'une porte d'entrée rendit inutile l'espèce d'ascenseur qui seul, auparavant, autorisait l'accès à l'intérieur des murs. La potence en bois et sa poulie sont encore visibles.

Environ un tiers du bâtiment est ouvert au public. Vous pourrez voir la basilique, dont les parties les plus anciennes remontent au VIe siècle. Elle est très chargée en icônes, mosaïques, candélabres, lampes en cuivre et en argent. Pierre Loti décrit ainsi sa visite qui a dû l'émouvoir : "On ouvre devant nous les deux battants d'une porte de cèdre qui fut sculptée il y a 1 300 ans et nous entrons dans les étonnements de ce lieu, unique au monde… La vue, au premier instant, est éblouie et déconcertée par la profusion des lustres, des lampes d'argent qui descendent d'en haut, formant au-dessus des parquets de mosaïques une sorte de seconde voûte suspendue, compliquée, étincelante…
C'est une relique des vieux temps, étonnamment conservée ; on se sent plongé dans un passé naïf et magnifique, si lointain et pourtant si présent qu'il inquiète l'esprit…".

Le buisson ardent est situé à l'extérieur de l'église, devant l'abside. Vrai ou faux, c'est paraît-il le seul buisson de cette espèce dans toute la péninsule. Toutes les tentatives de transplantation hors de ce lieu auraient échoué.
Avec un peu de chance, vous pourrez essayer de voir la chapelle du buisson ardent, située derrière le chœur de l'église. L'autel est érigé sur les racines du buisson, ce qui en fait le lieu le plus sacré du monastère. Se déchausser avant d'entrer.

Ce que vous ne pourrez voir : le trésor, d'une grande richesse, constitué de présents offerts par les dévots (calices d'or, chandeliers, croix et crosses d'évêque…) ; la mosquée, le réfectoire, la collection d'icônes… (il y en aurait plus de 2000) ; la bibliothèque, considérée comme la deuxième au monde après celle du Vatican. Elle contient plus de 3500 ouvrages et manuscrits, la plupart écrits ou recopiés par les moines du monastère au fil des siècles.

Votre visite achevée, vous trouverez à l'extérieur de l'enceinte, un ossuaire plein de squelettes entassés les uns sur les autres. Ce sont les restes des moines décédés dans l'enceinte du monastère. Pour ne pas gaspiller le peu de terre cultivable qu'ils possèdent, les moines ne disposent que d'un tout petit cimetière. Ils y sont inhumés puis, quelques décennies plus tard, leurs ossements sont déposés dans cette pièce.

 

 

 

 

Il n'aura fallu que le désir d'un homme, certes pas tout à fait comme les autres puisqu'il s'agit d'Alexandre le Grand, pour que Rakotis, un insignifiant village de pêcheurs, devienne en quelques décennies la première ville du monde hellénique, sous le nom d'Alexandrie.

Marquée de l'empreinte grecque, capitale des arts et lumière du monde jusqu'à l'arrivée des soldats romains, Alexandrie devint la ville favorite des rois et des reines, des prédicateurs, des théologiens, savants et autres philosophes attachés à refaire le monde. Capitale de l'Egypte, jusqu'à la conquête arabe, Alexandrie n'est pas égyptienne pour autant. Elle domine le pays du Nil, mais vit tournée vers le monde méditerranéen. Après l'avènement d'un pouvoir musulman installé au Caire, Alexandrie continue de marquer sa différence, plus ouverte et plus cosmopolite que la cité rivale. Et aujourd'hui encore, elle conserve un héritage de sa grandeur passée : mélange délicieux d'élégance un peu surannée et de frivolité.

"Alex", comme l'appellent affectueusement ses habitants, a toutefois subi, comme l'ensemble du littoral méditerranéen d'Egypte, les effets d'une urbanisation excessive. La corniche, bétonnée à perte de vue, et la misère qui règne dans certains quartiers décevront sans doute ceux qui espèrent y retrouver intactes les images évoquées par Lawrence Durell dans le Quatuor d'Alexandrie. Cependant, Le long de la magnifique baie qui court du fort de Qaitbay à la pointe Silsileh, gracieuse courbe de 4 kilomètres, les immeubles rococo sont toujours là. Ils ont un peu vieilli voilà tout.

Théâtre d'Alexandrie

Théâtre d'Alexandrie

 

 

Fort de Queyt Bay

Fort de Queyt Bay

Fort de Queyt Bay

Sphinx

Sphinx repéché par l'équipe de l'empereur

 

La route, très monotone, qui longe le littoral d'Alexandrie à Marsa Matrouh passe par le site historique d'El-Alamein (106 km d'Alexandrie). Là se sont affrontées, en octobre 1942, les troupes britanniques et germano-italiennes, faisant quelque 80000 morts. 3 mémoriaux, un vaste cimetière, ainsi qu'un petit musée commémorent cette sanglante tragédie.

 

 

 

Réputée pour ses plages et ses eaux turquoise, Marsa Matrouh est, sans aucun doute, la plus belle station balnéaire égyptienne située sur la Méditerranée. Il n'y a pour s'en convaincre qu'à suivre les 300 kilomètres de route qui la sépare d'Alexandrie. Les plages sont franchement moyennes et la morne succession de stations balnéaires, toutes plus sinistres les unes que les autres, ne donne pas souvent envie de s'arrêter. Heureusement qu'il nous reste le sable fin de Matrouh.

Depuis l'Antiquité, la ville est l'étape obligée sur la route de l'oasis de Siwa. Alexandre lui-même y a fait escale avant de se présenter au temple d'Amon. La cité portait alors le nom de Paraetonium.

 

 

Plage de Marsa Matrouh

 

Depuis plus de 2000 ans, le nom de cette oasis est associé à celui d'Alexandre le Grand. C'est dans le temple dédié à Amon, au cœur de cette oasis, qu'en 331 avant notre ère, les oracles ont confirmé la nature divine d'Alexandre, déclaré fils d'Amon. Un verdict bien utile pour cet envahisseur qui prétendait régner sur l'Egypte des pharaons.

Plus récemment, une archéologue grecque a pensé avoir découvert la sépulture d'Alexandre à Siwa. Tout érronée qu'elle fût, l'annonce de la découverte a fait son petit effet et relancé la notoriété d'une oasis, décidément riche en mystères .

Du fait de la proximité de la frontière libyenne, Siwa est restée longtemps fermée au monde, jalousement surveillée par l'armée égyptienne. Et de fait, cet isolement, à des fins militaires, a contribué à la préservation d'une identité particulière en Egypte. Si l'on s'en tient aux théories de certains géographes qui dissocient le Maghreb du Moyen-Orient en fonction des habitudes alimentaires des peuples (civilisation du couscous au Maghreb, du riz au Moyen-Orient), Siwa est bien une enclave maghrébine dans une Egypte orientale. Non content de manger du couscous, les Siwis se distinguent aussi par leur dialecte berbère assez éloigné de l'arabe.

Siwa

Désert Libique

 

 

Désert Libique


Siwa

 

Une vallée, composée de petits lacs asséchés durant une grande partie de l'année, qui servit de refuge aux coptes dès les premiers temps du christianisme en Egypte et qui comptait au 4ème siècle jusqu'à cinquante monastères.

 

 

Monastère El Suriyani

 

Ancien port de pêche et de construction navale, appelé à une haute destinée touristique grâce à la féerie de ses fonds marins, Hurghada (en arabe El-Ghardaga) est aujourd'hui une des deux stations balnéaires les plus célèbres de la mer Rouge (avec Charm el-Cheikh) et la principale ville de la côte égyptienne. Elle s'étire sur une vingtaine de kilomètres en plusieurs quartiers éloignés les uns des autres.

Le cœur historique, Dahar, a réussi à conserver un cachet traditionnel. A la nuit tombante, les vieux quartiers de la mosquée s'animent tandis que se répand la lourde odeur de viande grillée et que résonnent les joyeuses rumeurs du souk. Eclairés de lampes à gaz ou d'ampoules électriques qui balancent au vent, les étals regorgent d'oranges, de bananes, de persil et de quelques variétés de légumes.

Les alentours sont beaucoup moins réjouissants. Le tourisme s'y concentre dans des complexes, appelés ici des "resorts". Mini village de vacances, le resort accueille surtout des groupes de touristes ayant réservé leur séjour depuis leur pays d'origine, dans la plupart des cas l'Allemagne. L'objectif est de proposer sur place tous les services possibles pour éviter à ces braves gens de sortir dans la rue. Restaurants, boutiques, guichets de banque, centre de plongée, piscine, plage privée et discothèque sont à la disposition du pensionnaire du resort, qui ne s'éloigne de sa chambre qu'à l'occasion des excursions organisées par le centre de plongée.

 

 

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