| Pour en savoir plus sur Israël ... | |||
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"La colombe revint à la nuit et voici qu'elle avait dans le bec un rameau tout frais d'olivier." Genèse, 8-11.
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| De la Genèse aux Rois La présence humaine en Palestine remonte au moins au Paléolithique. Vers 3000 avant notre ère apparaît la civilisation cananéenne, la première civilisation urbaine du monde: les éleveurs nomades deviennent agriculteurs, commerçants et soldats, et commencent à se fixer dans des villes fortifiées, indépendantes les unes des autres (comme Hazor). Ils vénèrent Baal et Astarté. Vers 1450 av. J.-C. les cités cananéennes passent sous domination égyptienne. Puis, vers 1200, disparaissent au profit des Philistins venus de la mer Egée via l'Egypte, et de leurs ennemis, les Hébreux, ancêtres des Israélites. Les Hébreux sont mentionnés pour la première fois vers 1700 av. J.-C., notamment sous le nom d'Habirou, dans des documents égyptiens (les tablettes de Tel al-Amarna) et babyloniens. En dehors de ces archives "étrangères", la principale source d'informations sur l'histoire des Juifs avant la conquête romaine est la Bible. Selon le Livre, Abraham, "le père des nations", l'ancêtre mythique, quitte la Chaldée (l'actuel Irak) et part pour l'autre extrémité du "Croissant fertile", le pays de Canaan, la terre que Dieu promet à ses descendants. Cette immigration aurait eu lieu dès 1700 av. J.-C. Ses descendants, les fils d'Israël, seront issus de son fils légitime Isaac, alors que son autre fils Ismaël serait l'ancêtre des Arabes. Abraham et Isaac sont encore des nomades, mais Jacob, le cadet des deux fils d'Isaac, reçoit dans son sommeil cette prophétie divine : "La terre sur laquelle tu es couché, je la donne à toi et à ta descendance" (Genèse, 28-13). Jacob part pour l'Egypte avec la promesse de Yahvé que ses descendants reviendront au pays de Canaan. De Dieu, il reçoit également un nouveau nom : "Ton nom est Jacob, mais on ne t'appellera plus Jacob, ton nom sera Israël" (Genèse, 35-10). Jacob sera le père de douze enfants, qui donneront naissance aux douze tribus d'Israël : Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Zabulon, Issachar, Dan, Gad, Asher, Nephtali, Benjamin et Joseph (la douzième tribu portera le nom de Manassé, le fils de Joseph). "Tous ceux-là forment les tribus d'Israël, au nombre de douze" (Genèse, 49-28). Les Hébreux auraient séjourné en Egypte jusque vers 1200 av. J.-C. Toujours selon la Bible, ces immigrés auraient peu à peu été réduits en esclavage par les Egyptiens, jusqu'à ce que Moïse parvienne à négocier leur libération : c'est l'Exode, dont l'événement marquant est le don de la Torah (la Loi) et des Dix Commandements sur le mont Sinaï. Au terme d'une longue errance, Moïse ramène les enfants d'Israël en Terre promise, mais c'est Josué, son successeur à la tête des douze tribus, qui entame la conquête du pays de Canaan. On passe alors du mythe à l'histoire. A cette époque, deux groupes d'Israélites se retrouvent au pays de Canaan : les Béné Jacob venus de Syrie et les Béné Israël, effectivement venus d'Egypte. Ces deux groupes forment une confédération de plusieurs tribus (les douze tribus issues de Jacob-Israël selon la Bible), chacune gouvernée par un chef différent, et ne se trouvent réunies que lors de cérémonies rituelles, en adorant leur Dieu commun, Yahvé : le monothéisme apporté par les Béné Israël semble alors une anomalie au milieu de tous les païens qui l'entourent. C'est la période des Juges, qui dure environ de 1200 av. J.-C. à 1000 av. J.-C. Les tribus ne réalisent véritablement leur unité que lors de guerres contre leurs voisins, en particulier les Philistins. Pour combattre ces derniers, les Israélites se choisissent un chef de guerre, Saül, sacré (en fait "oint" d'huile sacrée) premier roi d'Israël par le prophète Samuel. Les enfants d'Israël étendent leur territoire et se sédentarisent peu à peu. De 1004 à 965 av. J.-C., le successeur de Saül est David, également oint par le prophète Samuel et légitimé par ses exploits guerriers contre les Philistins. D'abord reconnu par la seule tribu de Juda, David parvient à réaliser définitivement l'unité des douze tribus sous sa couronne. Enfin, il fait de Jérusalem la capitale de son royaume. La ville devient le premier lieu saint du judaïsme sous son fils et successeur Salomon, qui y fait bâtir le premier Temple, demeure de l'Arche d'Alliance. De 965 à 931 av. J.-C., le règne de Salomon est marqué par une grande stabilité et Israël atteint son apogée. De Babylone à Rome A la mort de Salomon, le pays est divisé en deux : au sud le royaume de Juda conserve Jérusalem pour capitale, au nord le royaume d'Israël prend pour capitale Samarie. Ce schisme provoque un déclin de deux siècles, jusque vers 700 av. J.-C. Les rois successifs du royaume d'Israël multiplient les guerres et les alliances : vers 720 av. J.-C., Israël passe sous la domination de l'Assyrie (l'actuel Irak), et les Israélites sont dispersés ou déportés à Babylone. Beaucoup plus stable, le royaume de Juda finit cependant par se soumettre à Babylone vers 700 av. J.-C. Sédécias, dernier roi de Juda, choisit en vain la rébellion : en 587 av. J.-C., Nabuchodonosor vient à bout de Jérusalem, détruit le Temple, et le peuple de Juda est à son tour déporté à Babylone. L'Exil sera de courte durée. En 539 av. J.-C., le roi de Perse Cyrus prend Babylone (ainsi que la Palestine et la Turquie) et autorise les Juifs à rentrer en Palestine et à restaurer leur culte. En 516 av. J.-C., le Temple est reconstruit. Cependant les exilés doivent cohabiter avec les Samaritains qui, en trente ans, se sont étendus sur une partie de l'ancien royaume d'Israël. En 330 av. J.-C., la Palestine change encore une fois de mains. Le nouveau conquérant vient de l'Ouest, et s'appelle Alexandre le Grand. C'est le début de l'ère hellénistique : la Bible est traduite en grec, tandis que la nouvelle culture séduit de nombreux Juifs. Mais la paix ne dure pas. En 200 av. J.-C., la Palestine passe sous la domination des souverains séleucides de Syrie, qui ont pour capitale Antioche : le roi Antiochos IV Epiphane transforme les villes juives en cités hellénistiques, rebaptise Jérusalem Antiochia, souille le Temple et massacre la population. De 167 à 142 av. J.-C., celle-ci prend les armes contre le despote : c'est la révolte des Maccabées, qui aboutit à la libération de la Judée et à la reconquête du Temple, célébrée depuis chaque année par la fête de Hanoukkah. La dynastie asmonéenne qui gouverne le nouveau royaume juif est divisée par les luttes entre ses héritiers : en 63 av. J.-C., l'un, Hyrcan II, s'allie au général romain Pompée, qui le fait grand prêtre d'une Palestine désormais sous domination romaine. Sous Jules César, la présence romaine est confortée par la nomination d'un homme de paille, Antipater, procurateur de Judée, devant lequel Hyrcan II doit s'effacer. En 37 av. J.-C., le Sénat romain donne au fils d'Antipater, Hérode, le titre de roi des Juifs. Faute de se faire reconnaître par le peuple, Hérode doit conquérir Jérusalem par la force, avec l'aide des légions romaines. Cruel - il fait assassiner de nombreux membres de sa famille qu'il soupçonne de trahison -, et tyrannique, le nouveau roi, originaire d'Idumée (aujourd'hui le Néguev), est détesté par les Juifs. Pour se concilier le peuple, il fait construire un nouveau Temple somptueux. A la mort d'Hérode, en 4 apr. J.-C., le royaume est partagé entre ses trois fils. Mais, lassée de leurs intrigues de cour, Rome finit par les exiler et les remplace par des procurateurs romains. Désormais, la Palestine est directement administrée par l'empire, et le peuple juif aspire à la révolte. Des groupes de résistants armés et des sectes (les sicaires) n'hésitent pas à agresser et tuer les sympathisants du régime. Le judaïsme traditionnel est en crise. En 30, sous l'autorité du préfet romain Ponce Pilate, Jésus, qui se proclame le Messie, est arrêté et condamné à la crucifixion. Mais ses disciples transmettent son enseignement, et des villages entiers se convertissent à cette nouvelle religion qui n'est d'abord qu'une branche du judaïsme, le christianisme. Après Ponce Pilate, c'est de nouveau un souverain autonome qui gouverne la Judée : Hérode Agrippa Ier descend à la fois d'Hérode et de la dynastie asmonéenne. Mais les injustices des procurateurs romains reprennent bientôt : en 66, Gestius Florus souille le Temple de Jérusalem et en dérobe le trésor. C'est le début d'un soulèvement dans tout le pays : une armée juive se constitue, qui marche sur les garnisons romaines et les disperse, l'indépendance est proclamée dans la liesse générale, et le nouveau royaume frappe déjà sa monnaie. Pour peu de temps : l'empereur Néron envoie le général Vespasien mater la révolte. En 69, après avoir soumis la Galilée et une partie de la Judée, celui-ci devient à son tour empereur, et nomme son fils Titus commandant des troupes chargées de rétablir l'ordre en Palestine. Relatée par l'historien juif Flavius Josèphe, la campagne de Titus est sanglante. En 70, Jérusalem est saccagée et le Temple incendié (malgré Titus, dixit Flavius Josèphe). Enfin en 73, Titus assiège la forteresse de Massada, ultime bastion de la résistance juive, où les survivants préfèrent se donner la mort plutôt que d'être réduits en esclavage. Fort de ces victoires, Titus succède à Vespasien. De 132 à 135, sous le règne d'Hadrien, un nouveau soulèvement est commandé par Simon Bar Kokhba (le "fils de l'étoile"). La répression fait des centaines de milliers de morts. Hadrien ordonne de raser Jérusalem. Le site, rebaptisé Ælia Capitolina, devient la résidence de la garnison romaine. Les Juifs de Judée se réfugient en Galilée. Lorsque Antonin le Pieux (138-161) autorise de nouveau les Juifs à pratiquer librement leur culte, c'est à Tibériade que le Sanhédrin, la plus haute autorité religieuse juive, s'installe après quelques tentatives infructueuses. Des centres d'études de la Torah renaissent en Galilée, et c'est là que, vers l'an 200, voit le jour la Mishna, compilation de traditions orales pharisiennes. C'est là aussi qu'à partir de la Mishna s'élabore le Talmud, avec la vocation de fixer un certain nombre de règles de conduite communes à tous les Juifs déjà dispersés. Cependant le christianisme s'implante à Rome. L'empereur Constantin (324-337) se convertit au christianisme et fait édifier l'église du Saint-Sépulcre sur le tombeau du Christ à Jérusalem. La Bible est traduite en latin par saint Jérôme. Sous l'empereur Théodose, le christianisme devient religion d'Etat, et tous les autres cultes sont interdits. Les mesures contre les Juifs se multiplient : l'interdiction qui leur est faite d'entrer à Jérusalem et celle d'édifier des lieux de culte génèrent de nouvelles tensions. Cependant la Palestine chrétienne s'épanouit sous l'Empire romain d'Orient, qui survit à la chute de Rome en 476, puis sous l'Empire byzantin. Mais l'Orient est aussi menacé par des envahisseurs : première alerte de 614 à 626, lors d'une invasion perse qui vaut à nombre d'églises d'être détruites, mais est bien accueillie par la population juive. Arabes, croisés et Turcs Cependant, une nouvelle religion monothéiste est née plus à l'est : sous la bannière de l'islam, les Arabes mènent la Jihad, la guerre sainte, et envahissent bientôt les provinces byzantines de Syrie et de Palestine. En 638, Jérusalem a un nouveau maître. C'est dans la ville désormais trois fois sainte qu'en 661 Muawiyya devient le premier calife de la dynastie omeyade, qui durera jusqu'en 750, avec Damas pour capitale. Viendront ensuite les Abbassides de Bagdad (750-973), les Fatimides d'Afrique du Nord (973-1070), puis les Turcs seldjoukides (1070-1099). Dans cette Palestine musulmane, chrétiens et juifs constituent deux minorités tolérées. Les musulmans respectent les religions monothéistes issues du Livre (la Bible) et appellent leurs fidèles "dhimmis" (croyants). Ces derniers ne peuvent donc en principe être utilisés comme esclaves, mais font l'objet de nombreuses interdictions (les églises et les synagogues ne doivent pas dépasser en hauteur les mosquées) et se voient obligés d'arborer sur leurs vêtements un signe distinctif. Cependant nombre de chrétiens se rendent en pèlerinage en Palestine. Sous les Seldjoukides, les pèlerins commencent à être victimes de persécutions. Les royaumes chrétiens d'Occident appellent alors à la "croisade", pour reprendre les Lieux saints aux musulmans. En 1099, la chrétienté exulte : Godefroy de Bouillon s'empare de Jérusalem, qui devient la capitale d'un royaume latin d'Orient, avec à peu près les contours de l'actuel Etat d'Israël. Au nord, trois autres Etats latins : le comté de Tripoli (Liban), la principauté d'Antioche (Syrie) et le comté d'Edesse. Le royaume latin de Jérusalem ne durera pas plus de deux cents ans. En 1188, Saladin (Salah al-Din) reconquiert Jérusalem, la Palestine et la côte syro-libanaise, sur laquelle il ne laisse auxcroisés que les villes de Tyr, Tripoli et Antioche. Enfin, en 1291, les deux échecs desaint Louis ayant fait passer à l'Occident le goût des croisades, les Mamelouks d'Egypte mettent fin à la présence latine par leur victoire à Saint-Jean-d'Acre. Les Mamelouks tolèrent les juifs et les chrétiens, et les pèlerins peuvent de nouveau "monter" en Terre sainte. En 1517, les Mamelouks sont vaincus par le sultan turc Sélim Ier, auquel la Palestine se soumet sans conditions. Elle fera partie de l'Empire ottoman, qui s'étendra de Constantinople au Caire et de Bagdad à La Mecque, jusqu'en 1917. Jérusalem reprend de l'importance : Soliman le Magnifique (1520-1566) en reconstruit notamment les remparts. Pour les Juifs de Palestine, Tibériade est plus que jamais le centre spirituel : en 1567, Joseph Nassi, duc de Naxos, tente d'y fonder un Etat juif. Déjà les Juifs de la diaspora, chassés d'Espagne et persécutés ailleurs, reviennent en nombre en Terrepromise. Jusqu'au XVIIIe siècle, les échanges avec l'Occident restent faibles. En 1799, la campagne de Bonaparte en Egypte pousse l'Angleterre et l'Allemagne à s'investir aussi au Moyen-Orient, et la région devient dès lors un enjeu stratégique. Le pacha ottoman Ahmed Djazzar repousse le futur Empereur français à Saint-Jean-d'Acre, lui fermant les portes de la Palestine et de la Syrie. Cependant les Turcs reçoivent des Britanniques une aide militaire importante contre l'Egypte qui, soutenue par la France, tente d'affirmer son indépendance face aux Ottomans et parvient, de 1831 à 1841, à prendre la Palestine. En 1843, l'Angleterre, la France et la Prusse ont un consul en Terre sainte. Mais le contrôle des Lieux saints, dévolu à la Russie, mécontente la France : c'est l'un des points de désaccord qui précipite la guerre de Crimée de 1854. Du sionisme à l'Etat d'Israël Durant la seconde moitié du XIXe siècle, les minorités de Palestine, dont les Juifs, sont protégées, tandis qu'en Europe, en particulier en Russie, l'antisémitisme et les pogroms poussent les Juifs à rêver du retour à Sion. Dès 1840, un projet pour l'installation des Juifs en Palestine est présenté par Sir Moses Montefiore, un Juif orthodoxe britannique, à Lord Palmerston, qui l'accueille favorablement : des colons religieux s'installent alors près de Jérusalem. De 1880 à 1890, plus de 25 000 Juifs russes traversent les océans pour s'installer en Terre promise : le chiffre est dérisoire au regard des millions de Juifs de la diaspora, mais prouve que le rêve n'est pas irréalisable. "Si vous le voulez, ce ne sera pas un rêve", lance Théodore Herzl, qui publie en 1897 L'Etat juif, le texte fondateur du mouvement sioniste. Il ne s'agit plus de fonder de petites colonies de peuplement, mais de la création d'un pays, avec sa propre armée, ses lois, son drapeau. Pour commencer, des terres sont achetées avec l'aide des mouvements sionistes d'Europe et des Etats-Unis. En 1909, le premier kibboutz Deganya est fondé près du lac de Tibériade, Tel- Aviv naît en 1910, puis viennent Hadera, Zikhron Yaacov, Afula. La Première Guerre mondiale n'enraye pas le projet sioniste, au contraire : contre l'Empire ottoman, allié de l'Allemagne, les Juifs de Palestine aident activement la Grande-Bretagne. En 1917, Vladimir Zeev Jabotinsky, un Juif russe fondateur du courant "sioniste national", obtient des Alliés la fondation de la légion juive, une force armée entièrement israélite. La même année, la Grande-Bretagne prend la Palestine et, dès lors, l'administre militairement. Le 9 novembre, la déclaration Balfour annonce la création d'un "foyer national juif" en Palestine, et les Arabes se déclarent opposés à la partition en deux du pays. En 1922, la Société des Nations place la Palestine sous mandat britannique : dès lors, les tensions entre les colons juifs de plus en plus nombreux et les Palestiniens ne font que croître. Les Anglais sont dépassés par les émeutes arabes en 1929 à Jérusalem, puis de nouveau en 1936, en protestation contre l'arrivée massive d'immigrants fuyant le nazisme. Aux Juifs comme aux Arabes, les Britanniques promettent un Etatindépendant. En 1939, la colonisation juive en Palestine apparaît comme un fait établi. Pourtant, alors que la Seconde Guerre mondiale commence, le Livre Blanc britannique impose des quotas d'immigration de 15 000 personnes par an, empêchant des millions de Juifs de fuir la menace des camps de concentration. Jabotinsky, qui a fondé le Parti révisionniste et quitté l'organisation sioniste, est favorable au transfert des Juifs en Israël malgré les restrictions. La Haganah, l'armée des colons juifs, est divisée : certains souhaitent rester aux côtés des Anglais pour lutter contre le nazisme, d'autres veulent prendre les armes contre ces mêmes Anglais. Jabotinsky crée l'"Irgoun Tsvaï Léoumi" (organisation militaire nationale), branche armée du mouvement révisionniste, qui riposte par la force aux attaques arabes et à l'occupation britannique. En 1940 cependant, l'Irgoun finit par se ranger du côté des Alliés contre Hitler : des dissidents fondent alors le groupe terroriste Stern, qui multiplie les attentats contre l'occupant britannique, posant des bombes, assassinant des dignitaires britanniques à l'étranger et massacrant des civils arabes. Quant aux Palestiniens, ils soutiennent l'Allemagne nazie à la fois contre les occupants anglais et les colons juifs. Au sortir de la guerre, la Grande-Bretagne, qui craint une guerre en Palestine, prend parti pour les Arabes. Elle donne son indépendance à la Transjordanie (l'actuelle Jordanie) et continue de limiter l'émigration des Juifs en Palestine : les bateaux surchargés de rescapés des camps de la mort qui se rendent en Terre promise sont détournés vers des camps de réfugiés. Certains coulent, et des milliers de civils restent en transit. En juillet 1947, l'Exodus, qui transporte 6 000 réfugiés, est refoulé devant le port de Haïfa, et doit revenir en France, à Port-de-Bouc, où ses passagers sont soutenus par les dockers de la CGT et derrière eux toute la gauche française. A cela s'ajoute la diffusion des images des camps de concentration, qui rend la situation de la Grande-Bretagne face à l'opinion mondiale difficilement tenable. Les Juifs en arrivent à s'offusquer de la participation des Britanniques au procès de Nuremberg. Si bien que les Anglais, oubliant les erreurs de la SDN, s'en remettent à la toute nouvelle ONU quant à l'avenir de la Palestine. Le 29 novembre 1947, l'ONU propose de diviser la Palestine en deux Etats, et de faire de Jérusalem une zone internationale. Cette proposition est refusée par les Arabes aussi bien que par la droite juive, tandis que la France, les Etats-Unis et la gauche juive y sont favorables. Les massacres de civils palestiniens organisés par les terroristes de l'Irgoun et leurs répliques côté palestinien laissent présager une guerre civile. Nombre de civils arabes quittent alors leurs foyers, encouragés par les Etats voisins qui leur promettent un retour en vainqueurs. C'est le début de la "diaspora" palestinienne. Le 14 mai 1948, l'indépendance de l'Etat d'Israël est proclamée à Tel-Aviv par David Ben Gourion. Le nouvel Etat est immédiatement reconnu par les Etats-Unis, qui y voient l'allié qui leur manque au Proche-Orient, et par l'URSS, qui ne souhaite pas laisser ce futur gros morceau à l'ennemi américain. Pourtant, l'existence d'Israël reste encore incertaine, à l'heure où cinq armées - la Jordanie, l'Egypte, la Syrie, le Liban, et l'Irak - attaquent l'Etat hébreu. C'est "la guerre d'Indépendance" pour les Juifs, et Al-Naqba, "la catastrophe", pour les Arabes, défaits par des Juifs très décidés et bénéficiant d'aide logistique et de matériel de pointe de leurs nouveaux alliés. Israël attaque l'Egypte et entre dans le Néguev. En février 1949, l'ONU impose un cessez-le-feu. Mais par peur des représailles, 700 000 Palestiniens quittent le pays, leurs maisons et leurs terres sont confisquées. Israël et la Jordanie doivent se partager Jérusalem. Le premier président du nouvel Etat est Haïm Weizmann, et son Premier ministre est David Ben Gourion, qui est également ministre de la Défense. Le 12 mai 1949, Israël intègre l'ONU. En 1950 est votée la loi du Retour, qui permet à tout Juif émigrant en Israël de devenir citoyen de l'Etat hébreu. Les premiers temps d'Israël sont marqués par un fort idéal communautaire : par milliers, les immigrants venus de partout sont accueillis dans les kibboutzim et apprennent une langue nouvelle pour eux, l'hébreu, tout cela visant à les intégrer le plus vite possible. Les guerres de conquête d'Israël Les relations entre Israël et ses voisins arabes restent tendues. En 1956, le colonel Nasser, qui a pris le pouvoir en Egypte deux ans plus tôt, décide de nationaliser le canal de Suez. Le 29 octobre, l'armée israélienne, soutenue par la France et la Grande-Bretagne, qui souhaitent conserver leurs intérêts dans le canal, attaque l'Egypte et envahit le Sinaï. Une semaine plus tard, Français et Britanniques débarquent dans la zone du canal. Militairement, la victoire est acquise. Cependant, les Etats-Unis et l'URSS obligent les belligérants à accepter le cessez-le-feu de l'ONU. Des casques bleus prennent position le long de la frontière israélo-égyptienne, et occupent la place fortifiée de Charm-el-Cheikh, à 400 km au sud d'Eilat, dans le golfe d'Akaba. Pour les deux anciennes puissances coloniales, l'opération "Mousquetaire" est un échec, mais pour Israël, c'est une démonstration de force supplémentaire. En 1960, des agents du Mossad parviennent à enlever le nazi Eichmann en Argentine, où il a trouvé refuge : ce responsable de la solution finale est jugé, condamné à mort et pendu. L'opinion publique mondiale est alors plus pro-israélienne que jamais, mais, loin des projecteurs, les Palestiniens réfugiés dans les pays arabes voisins entament la lutte, notamment sous l'égide de Nasser : l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) est fondée en 1964. La troisième guerre israélo-arabe survient en 1967. Soutenue par l'URSS, la Jordanie et la Syrie, l'Egypte obtient de l'ONU l'évacuation des casques bleus, et bloque aussitôt l'accès de la mer Rouge aux Israéliens en fermant le golfe d'Akaba. Le 5 juin, Israël déclenche une guerre-éclair contre l'Egypte, la Syrie et la Jordanie. C'est la guerre des Six Jours : le 11 juin, Tsahal, sous le commandement du général Moshe Dayan, célèbre pour son bandeau sur l'œil, a pris le Sinaï, Gaza, Jérusalem-Est et la Cisjordanie, ainsi que le Golan. Cependant la résistance palestinienne s'organise, et se libère des tutelles jordanienne, égyptienne et syrienne. En 1969, Yasser Arafat devient président de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). La principale base arrière des combattants palestiniens est constituée par les fedayin, dont la présence n'est pas sans provoquer de tensions avec le pouvoir jordanien. Au point qu'en septembre 1970, l'armée du roi Hussein attaque les Palestiniens. Ces massacres de "Septembre noir" s'achèveront en juillet1971 par l'exécution des 5 000 derniers fedayin réfugiés dans le nord du pays. La Jordanie est mise au ban du monde arabe, et les Palestiniens doivent chercher d'autres refuges, le Liban et la Syrie en particulier, qui ont également du mal à faire face à cette nouvelle immigration. L'opinion publique prend conscience du problème des réfugiés palestiniens. En Israël aussi, où la société se divise dès lors en deux camps : les "faucons", forts des succès de Tsahal et partisans du "Grand Israël" et de la colonisation des territoires occupés, et les "colombes", prêtes à échanger la paix contre des territoires. Sur la scène internationale, seuls les Etats-Unis continuent de soutenir Israël, posant leur véto chaque fois que l'Etat hébreu est condamné par l'ONU. Les Nations unies continuent à réclamer l'application de la résolution 242 votée à la suite de la guerre des Six Jours, à savoir l'évacuation des territoires occupés en échange de la reconnaissance d'Israël par les Etats arabes. Aucun des deux camps n'y est prêt. Et en 1972, nouveau choc pour l'opinion internationale quand aux Jeux olympiques de Munich, onze athlètes israéliens sont assassinés par un commando palestinien. La quatrième guerre israélo-arabe survient en 1973. Cette fois, ce sont l'Egypte et la Syrie qui prennent l'initiative, en attaquant Iraël par surprise le 6 octobre, en pleine fête de Yom Kippour. C'est la guerre du Kippour : grâce à une mobilisation éclair et à l'aide logistique des Etats-Unis, les Israéliens parviennent à repousser l'agresseur, et reprennent l'initiative. Tsahal parvient à 70 km du Caire, mais l'URSS menace d'intervenir à son tour. Pour Israël, la guerre du Kippour est une nouvelle victoire, mais plus difficilement acquise que les précédentes. Elle révèle la puissance militaire des pays arabes équipés par l'URSS, mais aussi leur puissance économique : les 16 et 17octobre, l'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) décide d'augmenter de 70% les prix du pétrole, qui en deux mois finiront par quadrupler. Des faucons aux colombes En mai 1977, Menahem Begin et le Likoud gagnent les élections : la droite supplante pour la première fois les travaillistes à la tête de l'Etat hébreu. Le nouveau Premier ministre cherche d'abord à faire la paix avec ses voisins : il invite Sadate à s'exprimer devant la Knesset, puis se rend à son tour en Egypte. L'année suivante, les deux hommes signent les accords de Camp David aux Etats-Unis : en échange d'une paix durable, lsraël s'engage à restituer le Sinaï à l'Egypte. Sadate et Begin reçoivent le prix Nobel de la paix. Mais aux Palestiniens, Begin refuse toujours la "paix des braves" : la colonisation de la Cisjordanie et du Golan se poursuit et, en mars 1978, Israël envahit pour la première fois le Sud Liban, nouvelle base arrière des combattants palestiniens. Begin reste Premier ministre après la nouvelle victoire du Likoud en 1981. L'année suivante, le Liban est le cadre de la cinquième guerre israélo-arabe. Israël, qui souhaite venir à bout de la menace terroriste palestinienne sur le nord de son territoire, attaque le Liban et fait le siège de Beyrouth. C'est l'opération "Paix pour la Galilée", catastrophique pour Israël : l'opinion publique en retiendra surtout les massacres des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila par les phalangistes chrétiens, massacres "autorisés" par l'armée israélienne. "Si Hitler avait résidé dans une maison où il y avait encore vingt personnes, aurait-on pu ne pas bombarder cette maison ?", argumente Begin pour justifier les bombardements des populations civiles. L'image de Tsahal est ternie : pour la première fois, des soldats désertent, des officiers refusent de partir au front. La "guerre honteuse" soulève l'opinion israélienne contre les dirigeants politiques, et une vague de procès sans précédent condamne les militaires fautifs. Le ministre de la Défense, le général Ariel Sharon, doit démissionner. En 1987, lassés des promesses non tenues, les Palestiniens entament une guerre d'usure contre l'occupant : c'est l'Intifada, la "guerre des pierres". Les enfants arabes jettent des pierres sur les soldats israéliens, qui répliquent avec des gaz lacrymogènes: le mouvement s'étend de Gaza à toute la Cisjordanie. L'année suivante, la Jordanie cède sa souveraineté sur la Cisjordanie à l'OLP, dont elle cesse d'être le médiateur auprès de l'ONU. L'OLP proclame l'Etat palestinien, en acceptant pour la première fois le principe du partage de la Palestine. En 1990, l'opinion mondiale est plus que jamais pro-palestinienne lorsque Arafat commet l'erreur de soutenir l'Irak durant la guerre du Golfe. Grâce aux Palestiniens de l'intérieur, l'isolement de l'OLP est cependant de courte durée. Les Palestiniens sont présents en 1991 à la conférence de Madrid, où, pour la première fois, les pays arabes acceptent de s'asseoir à la table des négociations avec Israël. En 1992, le Parti travailliste revient au pouvoir, avec Yithzak Rabin comme Premier ministre et Shimon Pérès comme ministre des Affaires étrangères. Dès lors, la paix est en route. Les premières discussions ont lieu, à l'insu du gouvernement, entre des intellectuels israéliens et palestiniens, à Londres puis à Oslo. Au début de 1993, les premières négociations sérieuses, toujours secrètes, ont lieu à Oslo entre des proches de Yasser Arafat et ceux de Shimon Pérès. Enfin, en septembre 1993, le monde prend connaissance des accords-surprise d'Oslo : Israël et l'OLP se reconnaissent mutuellement et, le 13 septembre, Rabin et Arafat signent une déclaration "d'autogouvernement" à Washington, et se serrent la main, avec Bill Clinton en toile de fond. Arafat, Rabin et Pérès reçoivent le prix Nobel de la paix, mais les attentats reprennent : en février 1994, vingt-neuf Palestiniens sont abattus par un extrémiste juif devant la mosquée d'Hébron. Le 4 mai au Caire, Rabin et Arafat signent les accords sur l'autonomie de Gaza et Jéricho. Arafat revient à Gaza en juillet. Pour Rabin, l'étape suivante est la paix avec la Jordanie. Un premier poste-frontière est ouvert le 8 août et le traité de paix signé le 26 octobre ; les extrémistes arabes répliquent par un nouvel attentat à la voiture piégée. Malgré les progrès du processus de paix, l'ONU accuse Israël de poursuivre une colonisation abusive des territoires, où des villes-champignons sont encouragées, et surtout de Jérusalem-Est, où l'expropriation des Arabes se poursuit. Le 24 juillet, un attentat-suicide palestinien entraîne le bouclage de la Cisjordanie et de Gaza. Cependant Arafat et Rabin signent de nouveaux accords le 28 septembre : les "accords d'Oslo II" étendent l'autonomie à la Cisjordanie. Le 4 novembre, Yithzak Rabin est assassiné par un étudiant juif d'extrême-droite. Shimon Pérès assure l'intérim à la tête du gouvernement. Le 20 janvier 1996, Arafat est élu président de l'Autorité palestinienne. Bien que ses partisans obtiennent les deux tiers des 80 sièges du Conseil législatif palestinien, le "Vieux" a du mal à contrôler les mouvements palestiniens qui refusent la paix. Un mois plus tard, les extrémistes du Hamas multiplient les attentats, obligeant le gouvernement Pérès à une politique sécuritaire. En avril, une nouvelle opération israélienne au Sud Liban, baptisée "Raisins de la colère", écorne cependant la bonne image du Premier ministre israélien à l'étranger : les bombardements sur le camp de réfugiés de Cana coûtent la vie à 200 civils palestiniens. Mais Arafat persiste dans la voie de la paix et, le 24 avril, avant même le cessez-le-feu au Liban, élimine de la charte de l'OLP les articles refusant l'existence de l'Etat d'Israël. Un pas est franchi. Mais Shimon Pérès n'a pas en Israël la popularité d'Yithzak Rabin. Le 29 mai 1996, contre toute attente, il perd les élections législatives contre son jeune rival Benyamin Netanyahou. Surnommé "Bibi", le leader de la droite s'est allié avec l'extrême-droite, et se range résolument parmi les "faucons". Son credo : "Nous restons dans tous les lieux où a existé, existe ou continuera à exister une présence juive". Lacolonisation reprend. En septembre, le percement d'un tunnel sous l'esplanade des Mosquées, à Jérusalem, fait 76 morts au cours d'émeutes dans les territoires. En février est annoncé le projet d'un nouveau quartier juif à Jérusalem-Est. Depuis, Israël a vu le gel du processus de paix, les accords signés par le précédent gouvernement n'ont pas été respectés, les négociations n'aboutissent pas et les Israéliens quittent la table au moindre prétexte, enfin la médiation américaine est décrédibilisée. Et les attentats ont repris, malgré les affirmations de Netanyahou qui se dit prêt à "la paix contre la sécurité". Surtout, la colonisation connaît un encouragement sans précédent en Cisjordanie et même une reprise à Gaza : grâce à l'aide publique, la population juive résidant en territoire palestinien est passée de 140 000 personnes à 155 000 en un an. Et pour le gouvernement, il ne saurait être question de rapatrier des colons. Aujourd'hui, l'Autorité palestinienne ne contrôle véritablement que 60% de la bande de Gaza et 3% de la Cisjordanie (Jéricho, Hébron, Bethléem, Ramallah, Naplouse). Le projet de plan de partage présenté en décembre par Ariel Sharon, désormais ministre des Infrastructures nationales, admet l'idée d'un Etat palestinien, mais avec seulement Gaza et la moitié occidentale de la Cisjordanie : pour des raisons de sécurité, l'Etat palestinien serait ainsi privé de frontière avec la Jordanie, la Cisjordanie serait coupée en deux parties distinctes (Nord et Sud), et Jéricho serait enclavée au milieu de la "zone de sécurité" israélienne. Bref, l'Etat palestinien ne semble plus au programme, du moins sous une forme viable. Et la paix ? |
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