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HISTOIRE

L'activité humaine sur les rives du Nil remonte au moins au Néolithique (-10000 à -6000) lorsque des nomades se sont progressivement installés le long du fleuve. Ils ont constitué des villages et se sont initiés à la vie sédentaire, réglant leur vie sur le niveau des eaux.

La crue annuelle du Nil est alors l'événement le plus spectaculaire observé par les populations riveraines. Au printemps, les pluies qui tombent en abondance dans la région des grands lacs, en Afrique équatoriale, se mêlent à la fonte des neiges des hauts plateaux, et gonflent les eaux des deux principales sources du fleuve. L'inondation arrive au niveau du Caire entre le 15 et le 20 juin. L'eau envahit les plaines, isolant les villages les uns des autres. Si le calendrier est très régulier, la hauteur de la crue varie d'une année sur l'autre, provoquant d'imprévisibles dégâts. La décrue commence en octobre. Les eaux qui se retirent laissent sur le sol des alluvions, le limon, d'une fertilité providentielle dans ce vaste désert nord-africain.

Il faut imaginer ce que représente ce phénomène naturel démesuré, pour des populations qui n'en ont pas encore l'explication météorologique. Mythes et traditions de l'Antiquité témoignent de la fascination qu'inspire alors aux Egyptiens la puissance obscure, qui à la fois détruit et nourrit, selon un rythme mystérieux. Les populations s'efforcent d'expliquer ces événements par des interprétations religieuses, mais aussi de les contrôler, au moins partiellement, grâce au développement technique.

C'est d'ailleurs dans le but de maîtriser les effets de la crue - par des travaux de drainage, d'irrigation… - que les villages entreprennent de se regrouper, vers -5000. Deux royaumes se forment progressivement, l'un dans le Delta (Basse-Egypte), l'autre dans la vallée (Haute-Egypte).

LE TEMPS DES PHARAONS
L'unité du pays se fait, 32 siècles avant notre ère, lorsque le royaume du Sud envahit le Nord. Le pays passe tout entier sous l'autorité d'un roi unique, Ménès (aussi appelé Narmer). Il incarne le dieu Horus et, comme lui, est coiffé du "pschent" qui associe les couronnes de Basse et de Haute-Egypte.

  -3200 Ménès unifie Haute et Basse-Egypte
-2700 Début de l'Ancien Empire, avec l'avènement de Djoser
-2590 à -2565 Règne de Khéops
-2280 à -2180 Règne de Pépi II, le plus long de l'Histoire (près de 100 ans)
-2180 Fin de l'Ancien Empire
-2060 Début du Moyen Empire
-1991 Avènement d'Amenemhat 1er
-1785 Fin du Moyen Empire
-1580 Nouvel Empire
-1503 à -1479 Régence d'Hatchepsout
-1379 à -1362 Règne d'Akhnaton, hérésie atonienne
-1361 à -1352 Règne de Toutankhamon
-1304 à -1237 Règne de Ramsès II
-1085 Fin de l'Ancien Empire et début de la période dite basse
-666 à -524 Epoque dite saïte
-333 Conquête d'Alexandre
   
   

Tombe de Toutankhamon - détail


On estime que la plupart des institutions égyptiennes apparaissent au cours des quatre siècles qui suivent : écriture, calendrier, rites funéraires, administration centralisée et développement d'une science consacrée à l'activité du Nil… Sous des formes plus ou moins élaborées, ces éléments se retrouveront tout au long de la civilisation pharaonique.

Depuis l'historien Manéthon (IIIe siècle avant J.-C.), on divise l'histoire des pharaons en 20 dynasties, s'étendant sur près de 3000 ans. De culture grecque, Manéthon a hellénisé le nom des pharaons. La plupart d'entre eux sont aujourd'hui encore connus sous ce patronyme déformé (exemple : Aménophis est la traduction grecque d'Amenhotep). Par souci de clarté, nous utiliserons le nom le plus répandu, et préciserons, entre parenthèses, le nom égyptien correspondant, lorsqu'il est connu.

Trois périodes particulièrement fastes émergent de l'histoire pharaonique.Elles sont qualifiées d'Ancien, de Moyen et de Nouvel Empire.

Ancien Empire (2700-2180 avant Jésus-Christ)
Cette époque commence avec la IIIe dynastie qui correspond à l'Empire memphite, car c'est à Memphis, à la frontière entre Haute et Basse-Egypte, qu'est installée la capitale. Le pouvoir du pharaon est absolu. Dans les provinces, aussi appelées nomes, son autorité est relayée par les nomarques.
Les textes datant de cette époque sont très rares, et l'histoire reste mal connue.

Les spécialistes s'accordent pourtant pour considérer que l'Egypte est alors un grand pays qui connaît la paix, à la fois intérieure et extérieure. Le pharaon lance quelques expéditions au Sinaï, en Libye, en Nubie… sans pour autant se livrer à une politique de conquête. Il s'agit plutôt de se procurer, par le commerce ou par la force, des marchandises qui font défaut sur les rives du Nil : ressources minières, bois précieux, ivoire, animaux exotiques…
Le peuple égyptien consacre alors une bonne partie de son temps à l'agriculture, sans profiter pleinement de sa récolte. Le pouvoir central en prélève une partie qu'il stocke en attendant la crue. Lorsque le fleuve inonde les terres cultivables, l'activité agricole cesse et les hommes se mettent au service du pharaon. En échange de leur participation aux grands travaux, le souverain leur redistribue les produits stockés.

Cette disponibilité des hommes permet l'aménagement du pays mais aussi l'édification de temples et de monuments destinés au pharaon. Car la puissance de ce dernier se mesure à la grandeur des monuments funéraires dont il lance la construction dès le début de son règne. Djoser fait construire la pyramide à degrés, qui se trouve à Saqqarah ; Khéops (Koufou), Khéphren (Khaefrê) et Mykérinos (Menkaourê), pharaons de la IVe dynastie, les trois grandes pyramides de Guizeh.

Cette importance attachée aux monuments funéraires s'explique par la nature quasi divine du pharaon. Fils de Rê, le roi des dieux, il jouit d'une survie éternelle, en compagnie de ses ancêtres, et des fidèles qu'il consent à faire inhumer près de lui. A l'intention de ces derniers, le pharaon fait construire des "mastabas", monuments funéraires modestes, recouvrant des galeries funéraires, non loin de sa propre pyramide.

Dieu soleil, Rê est alors la divinité la plus célébrée des Egyptiens. L'antique Héliopolis, à l'entrée du Delta, lui est dédiée. Les prêtres qui y résident sont à l'origine de toute une mythologie solaire rapportée dans Les textes des Pyramides.

Première époque intermediaire (2180-2060 avant Jésus-Christ)
Monté sur le trône à l'âge de 6 ans, Pépi II (Phiops), roi de la VIe dynastie, est plus que centenaire lorsqu'il s'éteint, après avoir accompli le plus long règne de l'histoire humaine. Il laisse un pouvoir central sensiblement affaibli. Dans les provinces, les "nomarques" ont profité du déclin du pharaon pour prendre davantage d'autonomie.

C'est alors qu'intervient, selon certains historiens, une révolution sociale d'une grande violence. Les sujets du pharaon délaissent les cultures et les travaux d'aménagement du Nil pour prendre les armes et s'entre-tuer. L'Egypte connaît alors une cruelle période de famine. Et pour parachever le déclin de l'empire, des envahisseurs venus d'Asie occupent la partie nord du pays.

Ce chaos, marqué par l'instabilité politique, dure plus d'un siècle. Manéthon recense, au sein de la VIIe dynastie, 70 rois dont le règne n'a duré que 70 jours. Il s'agit en fait de potentats locaux qui prétendent dominer l'ensemble du pays, jusqu'à ce qu'un rival les déloge. Des textes datant de cette époque témoignent du désarroi des Egyptiens, nostalgiques de leur grandeur passée : Dialogue d'un Egyptien avec son âme, Chant du harpiste ou Les admonitions d'un sage égyptien.

Vers -2130, Haute et Basse-Egypte se constituent, à nouveau, en royaumes rivaux. L'un prend Thèbes, actuelle Louxor, pour capitale, l'autre Héracléopolis, à l'entrée du Fayoum.

Moyen Empire (2060-1785 avant Jésus-Christ)
Le Moyen Empire commence avec l'avènement de Mentouhotep 1er, souverain de Thèbes, qui consacre son règne à la reconquête de l'ensemble de l'Egypte. Il y parvient au bout de 15 ans. Afin de consolider son pouvoir, Mentouhotep remplace les "nomarques" par un corps de fonctionnaires dévoués.
Afin de prévenir toute nouvelle invasion venue de l'Est, il fait construire des fortifications face au Sinaï. L'Egypte se montre aussi plus offensive. Elle lance des expéditions en Libye ou en Palestine et annexe la Haute-Nubie. Le pays renoue peu à peu avec la prospérité.

Promue capitale de l'empire, Thèbes perd bientôt ce titre au profit du Fayoum, site plus central, après l'accession au trône d'Amménémès 1er (Amenemhat), qui fonde la XIIe dynastie. Cette date marque le début d'un "âge d'or" pour les Egyptiens. Le pharaon renonce à l'absolutisme caractéristique de l'Ancien Empire. La loi et l'administration prennent le pas sur la simple volonté du souverain. Les "nomarques" réapparaissent dans la hiérarchie administrative, soumis à un contrôle plus strict du pouvoir central.

Cette "démocratisation" du régime se retrouve aussi en matière de croyance religieuse. L'au-delà n'est plus réservé au seul pharaon et à ses proches. Chacun est libre de se faire construire le monument funéraire qu'il souhaite… à condition bien sûr d'en avoir les moyens. Les notables se font enterrer dans des "hypogées", galeries creusées dans le sol. Souverain des morts, Osiris bénéficie alors d'une ferveur nouvelle. Son lieu de culte privilégié est Abydos où, selon la légende, après qu'il eut été dépecé, sa tête serait restée enfouie.

Il reste peu de monuments du Moyen Empire. En revanche, l'époque se distingue par la qualité inégalée de son orfèvrerie et par la richesse de sa littérature. La langue des scribes d'alors sera considérée par toutes les époques ultérieures, comme un modèle de pureté et d'élégance.

Deuxième époque intermédiaire (1785-1580 avant Jésus-Christ)
On ne connaît pas avec précision, les raisons du déclin de la XIIe dynastie. Des désordres intérieurs se sont vraisemblablement mêlés à la menace de plus en plus pressante des Hyksos, envahisseurs venus d'Asie. Contrairement aux Egyptiens, les Hyksos disposent d'armes de fer, de chevaux et de chars de combat… Forts de cette suprématie militaire, ils s'installent à l'est du Delta où ils fondent la cité d'Avaris.

Dans un premier temps, les Hyksos se contentent de soumettre les seigneurs égyptiens qui se partagent les restes de l'empire au paiement d'un impôt. Mais, aux alentours de 1675, ils tentent de régner directement et fondent leurs propres dynasties (XVe et XVIe) à la tête de l'Egypte. Toutefois, les Pharaons hyksôs ne parviennent pas à asseoir leur autorité sur l'ensemble du pays. Les seigneurs du Sud, mènent la rébellion contre ces occupants.

Nouvel Empire (1580-1085 avant Jésus-Christ)
C'est Ahmôsis (Ahmès), seigneur de Thèbes, qui libère le pays, en usant à son tour des armes qui avaient fait la victoire des Hyksos deux siècles plus tôt. Libérée, l'Egypte se livre à une série de conquêtes sans précédent. Pour contrer une nouvelle menace venue de l'Est, les Hittites, les troupes du pharaon font campagne jusqu'à l'Euphrate, dans la Syrie actuelle. Des expéditions sont également menées en direction du Sud. Impérialiste et guerrière, cette politique assure la sécurité du pays durant 5 siècles. Les populations vaincues par les troupes égyptiennes sont soumises à l'esclavage, les richesses confisquées et rapatriées vers le centre de l'empire.

Cet afflux de richesses profite bien sûr au pharaon, mais aussi très largement au clergé dominant, les prêtres d'Amon. Apparu tardivement dans le panthéon égyptien, Amon est vénéré à Thèbes depuis la première période intermédiaire. Après avoir longtemps résisté aux Hyksos, la ville est devenue le centre du Nouvel Empire, aussi appelé Empire thébain, et voilà Amon promu au rang de dieu dominant, sous l'appellation d'Amon-Rê. La puissance du clergé corrompu d'Amon est telle qu'il constitue l'un des principaux contrepouvoirs opposés au pharaon.

L'un des souverains de la XVIIIe dynastie a pourtant tenté de se débarrasser de cet Etat dans l'Etat. Après quatre années de règne, Aménophis IV (Amenhotep) abandonne le culte d'Amon au profit de celui d'Aton. Il prend pour nom Akhnaton (qui est agréable à Aton) et fonde une autre capitale, Akhetaton (horizon d'Aton). Encouragé par son épouse Néfertiti, ce pharaon mystique prône une religion rénovée, et persécute le clergé d'Amon, jugé idolâtre et matérialiste.

Les prêtres d'Amon attendent quinze ans avant de prendre leur revanche. A la mort d'Akhnaton, son successeur est Toutankhaton. Pour des raisons obscures ce dernier revient à Thèbes et rétablit le culte d'Amon. Il transforme d'ailleurs son nom en Toutankhamon.

L'un des derniers grands règnes du Nouvel Empire est celui de Ramsès II qui durera 67 ans. On attribue près de 200 enfants à ce pharaon, excessif dans tout ce qu'il entreprenait. Grand guerrier, il combat les Hittites à Kadesh, et ne craint pas d'affronter les ennemis au corps à corps. Considérée comme sa victoire la plus glorieuse, cette bataille présente un bilan militaire très mitigé. En revanche, elle permet la signature d'un traité de paix durable entre Hittites et Egyptiens.

Egalement grand bâtisseur, Ramsès II construit le temple d'Abou Simbel et de nombreuses villes portant son nom. Comme tous les pharaons du Nouvel Empire, il se fait enterrer dans un hypogée de la Vallée des Rois, et non sous une construction monumentale. A la fin de son trop long règne, Ramsès II laisse un pays affaibli et vulnérable.

Basse époque (1085-333 avant Jésus-Christ)
Deux siècles après la mort de Ramsès II, une nouvelle querelle dynastique prive le pays d'un pharaon. Le vide politique profite finalement à des dynasties étrangères qui s'installent sur le trône d'Egypte. Leur règne est entrecoupé de sursauts patriotiques, et d'éphémères restaurations de souverains égyptiens.
C'est le cas de la dynastie saïte. Installés à Saïs, à l'ouest du Delta, les Pharaons de cette dynastie s'efforcent durant 150 ans de faire revivre la civilisation égyptienne, en imitant les modes de vie de l'Ancien Empire. Mais, incapables d'innovation et de progrès, ils ne laissent pas d'héritage propre.

Dès cette époque, le rayonnement de la civilisation grecque parvient jusqu'en Egypte. Des scribes, qui ont des échanges réguliers avec des savants grecs, entreprennent de transcrire la langue égyptienne en grec. Cela nécessite l'ajout des lettres spécifiques, qui font défaut. C'est ainsi que naît l'alphabet copte.
Les deux derniers siècles de cette période sont marqués par une occupation perse particulièrement dure. Le pays est pillé, les temples détruits…

PERIODES GRECQUE, ROMAINE ET BYZANTINE
La conquête de l'Egypte par Alexandre le Grand marque la fin de la période pharaonique à proprement parler. Désormais, et jusqu'à la prise de pouvoir des Officiers libres en 1952, l'Egypte va être gouvernée par des étrangers. Mais après 30 siècles de rayonnement, la civilisation pharaonique ne va pas disparaître du jour au lendemain des rives du Nil. Elle se fondra progressivement dans des civilisations d'importation qui vont profondément marquer l'Egypte : les civilisations grecque, romaine et byzantine.

  -333 Conquête d'Alexandre
-306 Ptolémée monte sur le trône d'Egypte, selon le protocole pharaonique
-285 à -246 Règne de Ptolémée II : fondation de l'école, du musée, de la bibliothèque
et du phare d'Alexandrie
-80 Ptolémée XII fait appel à l'armée romaine pour rétablir l'ordre à Alexandrie
-48 Bataille de Pharsale. Cléopâtre VII prend le parti de César
-30 Suicide de Cléopâtre. L'Egypte devient une province romaine
40 Arrivée de l'évangéliste Marc qui fonde l'Eglise d'Alexandrie
260 L'Egypte échappe à l'Empire romain au profit d'Emilien, préfet élu
312 Constantin, converti au christianisme, restaure l'unité de l'empire
379 Règne de Théodose qui met fin au paganisme et aux cultes non chrétiens
395 Mort de Théodose.L'Egypte est rattachée à l'Empire d'Orient
451 Concile de Chalcédoine. Début de la persécution des coptes
619 Les Perses entrent sans résistance en Egypte
629 Héraclius reprend l'Egypte
639 Amr, lieutenant du calife Omar, entre sans résistance à Memphis
642 Les Arabes contrôlent Alexandrie après un siège de 14 mois

La fortune des Ptolémée (333-30 avant Jésus-Christ)
L'arrivée d'Alexandre de Macédoine est vécue comme une libération par la plupart des Egyptiens, victimes de la tyrannie perse. Soucieux de conserver la sympathie de la population, le nouveau maître des lieux effectue plusieurs pèlerinages, dont l'un, fameux, à Siwa, où un oracle lui confirme sa nature divine.
Alexandre décide aussi la construction d'un port méditerranéen, Alexandrie, à l'ouest du Delta, et repart aussitôt vers de nouvelles conquêtes. Un de ses lieutenants, Ptolémée, se voit chargé de l'administration du pays. Au fur et à mesure que son autorité s'affirme, Ptolémée prend ses distances avec l'empereur.

En -306, alors qu'Alexandre est mort depuis plusieurs années, Ptolémée monte sur le trône d'Egypte, à la façon des pharaons. Ses descendants constitueront la dynastie dite lagide ou ptolémaïque et assureront le développement d'Alexandrie, nouvelle capitale du pays.

La cité devient rapidement l'un des foyers les plus brillants de la culture grecque, et rivalise avec Athènes. Ptolémée II en particulier, fait construire la bibliothèque, l'école, le musée mais aussi, sur l'île de Pharos, le fameux sémaphore devenu phare d'Alexandrie. Les sciences et les arts connaissent un épanouissement remarquable. Tout écrit étranger transitant par la cité est en principe traduit ; ce qui assure le brassage des idées, des philosophies et des sciences : Archimède, Euclide, mais aussi les plus grands poètes de l'époque s'installent à Alexandrie, ville cosmopolite. On y trouve des colons grecs, quelques autochtones égyptiens et de nombreuses communautés : juive, perse, syrienne…

Mais, sur les bords du Nil, la population égyptienne reste à l'écart de cet épanouissement. Les Ptolémée construisent de nombreux temples à travers le pays pour amadouer le peuple. Ce qui n'empêche pas les révoltes d'éclater dans les campagnes. Alexandrie finit même par être gagnée par l'agitation. En -80, Ptolémée XII en appelle au gouverneur romain de Syrie pour restaurer l'ordre dans la capitale. C'est le début de l'ingérence romaine en Egypte.

Ptolémée XIII et Cléopâtre VII, deux enfants de Ptolémée XII, héritent du trône, alors que le pays est sous la tutelle du Sénat romain, représenté sur place par Pompée. Lorsque Jules César s'oppose à Pompée, Cléopâtre prend le parti de ce dernier. Mais après la victoire de César à la bataille de Pharsale, où son frère et époux trouve la mort, elle se rallie à César, pour garder la tête du royaume d'Egypte. De César elle aura un enfant, Césarion.

Lorsque deux ans après la mort de César, Antoine devient maître de l'Orient, Cléopâtre parvient encore à subjuguer le nouveau maître du pays. Elle obtient de son amant le contrôle d'une bonne partie du Moyen-Orient, et fait de Césarion l'héritier au trône d'Egypte. Mais Antoine est à son tour défait par les légions d'Octave, et Cléopâtre tente une dernière fois, mais en vain, de s'attirer les bonnes grâces du vainqueur. Antoine et Cléopâtre se suicident. Césarion est assassiné.

L'Egypte devient une province romaine. Les troupes de Rome sont stationnées à Babylone, près de Memphis, à l'emplacement du Vieux Caire actuel. "Grenier à blé de l'empire", l'Egypte est aussi une destination touristique pour les notables romains qui visitent volontiers les temples des anciens Egyptiens.

Naissance du christianisme égyptien (40-639)
Dès la naissance de Jésus, la sainte Famille s'enfuit de Palestine en Egypte où elle passe par Le Caire et descend jusqu'à Assiout. Par la suite, chaque station supposée de "la fuite en Egypte" deviendra un lieu de pèlerinage pour les chrétiens.

En fait, la religion chrétienne n'apparaît qu'en l'an 40 en Egypte, avec l'arrivée de l'évangéliste Marc à Alexandrie. Cette nouvelle doctrine, encore soumise aux persécutions du pouvoir romain, connaît un certain succès auprès des Egyptiens. En 63, Marc subit le martyre à Alexandrie. Comme les juifs, les chrétiens se soulèvent régulièrement contre l'armée d'occupation romaine. Et pour fuir la répression, certains d'entre eux trouvent refuge dans le désert. C'est l'apparition des anachorètes, ces ermites qui initient une pratique religieuse fondée sur la retraite et l'ascèse. Le plus célèbre d'entre eux est Saint-Antoine, qui s'enfuit en 270 pour vivre au fond d'une grotte, dans les montagnes qui bordent la mer Rouge.

La situation s'améliore pour les chrétiens à partir du IVe siècle, lorsque l'empereur Constantin autorise la liberté de culte (313). A sa mort, cet empereur reçoit d'ailleurs le baptême. La ville grecque de Byzance est promue capitale de l'empire, sous le nom de Constantinople. Empire romain et christianisme sont désormais liés, on parle alors d'Empire byzantin. En Egypte, cela se traduira par l'interdiction des cultes dits païens. C'est la fin de la religion des pharaons.
Le poids de la religion au sein de l'Empire byzantin donne aux querelles religieuses une importance cruciale, car déterminante en matière de pouvoir. L'arbitrage de ces querelles se fait au sein de conciles où les patriarches de l'empire examinent chaque théorie au regard de l'orthodoxie. Dans l'effervescence de l'époque, ces querelles donnent lieu à des troubles dans les grandes cités comme Alexandrie.

En 451, Dioscore, le patriarche d'Alexandrie, la plus haute autorité religieuse de l'Egypte, est démis de son poste lors du concile qui se tient à Chalcédoine. Il lui est reproché de défendre une doctrine religieuse hérétique appelée monophysisme. Mais les chrétiens d'Egypte, largement acquis aux théories de leur patriarche se révoltent. Incapable de les ramener par la conviction à l'orthodoxie, Byzance ne peut qu'imposer son pouvoir par la force. C'est le début d'une nouvelle époque de persécution pour l'Eglise égyptienne laquelle, prenant conscience de sa différence culturelle et doctrinale au sein de l'empire, prend le nom d'Eglise copte (dérivé du mot égyptien).

En 619, le pouvoir byzantin s'essouffle et ne peut empêcher les Perses d'envahir l'Egypte. Bien que non chrétiens, les Perses se montrent des occupants plutôt tolérants avec les coptes. Après un bref retour des Byzantins, les Arabes envahissent le pays en 639.

PERIODE ISLAMIQUE
De toutes les invasions passées, celle des Arabes représente la rupture la plus profonde dans l'histoire de l'Egypte. Fidèles au monothéisme radical de l'islam, les nouveaux maîtres du pays ne cèdent pas à la fascination de la civilisation égyptienne antique. Alors que les Grecs et les Romains s'efforçaient de se présenter comme les héritiers des pharaons, les Arabes gardent pour unique référence le Dieu annoncé par le prophète Mahomet (Mohamed), mort en 632. L'identité égyptienne va s'en trouver modifiée à jamais.

  639 Amr s'installe à Memphis
642 Les musulmans prennent Alexandrie
870 Ahmed Ibn Tulun fonde la dynastie toulounide
969 Conquête des califes fatimides.
1169 Saladin est nommé Vizir du dernier calife fatimide
1187 Saladin reprend Jérusalem aux Croisés
1250 Victoire sur les Croisés, prise du pouvoir par les Mamelouks
1524 L'Empire ottoman conquiert l'Egypte

Alternant phase d'occupation et phase de mélange avec la population, les armées musulmanes vont arabiser et islamiser le pays. Pour autant, l'Egypte ne se satisfait jamais du rôle de simple province d'un ensemble arabo-musulman en perpétuelle évolution. Le caractère national, même mâtiné de culture musulmane, resurgit de manière chronique pour s'opposer au prétendu pouvoir central.

De Fustat au Caire (639-1169)
Les Arabes entrent à Memphis en 639, soit sept ans seulement après la mort du Prophète. Encore animés par une puissante volonté messianique, ils sont unis et dirigés par le calife Omar. C'est Amr, l'un de ses lieutenants, qui conduit les troupes. Les Egyptiens n'opposent aucune résistance, contrairement aux Grecs et aux dernières troupes de l'empire de Byzance installées dans l'ancienne forteresse romaine de Babylone. Les troupes arabes s'installent non loin de là, sur un site qu'ils nomment Fustat, le Camp. Ils s'emparent sans trop de difficulté de Babylone. En revanche, la conquête d'Alexandrie s'avère plus laborieuse, la ville ne tombe aux mains des musulmans qu'en 642.

Si les nouveaux maîtres du pays agissent directement au nom de Dieu, ils n'imposent pas de conversion aux populations et se contentent d'administrer le pays pour prélever le maximum d'impôts qu'ils envoient à La Mecque, capitale de leur califat. L'Egypte vit alors au rythme d'un empire bientôt secoué par des querelles mi-théologiques, mi-dynastiques. En 660, le divorce est consommé entre chiites, acquis à Ali le gendre du Prophète, et sunnites, conduits par Mo'awiya qui fonde le califat omeyade à Damas. L'Egypte passe alors sous l'autorité de ce dernier.

Mais, progressivement, le présence arabe perd son caractère strictement militaire. A la faveur de conversions et de mariages mixtes, une population civile, de confession musulmane sunnite, peuple certaines cités comme Fustat.

Deux siècles plus tard, alors que la capitale du califat s'est déplacée à Bagdad, le caractère national égyptien s'affirme lorsque l'émir Ahmed Ibn Tulun s'émancipe de la tutelle des califes abbassides. Il fonde sa propre dynastie, les Tulunides, en 870. Contrairement à leurs prédécesseurs, qui privilégiaient les intérêts de Damas ou Bagdad, les Tulunides s'efforcent de mettre l'Egypte en valeur. C'est ainsi que de nombreux palais et mosquées sont construits légèrement en aval de Fustat. La mosquée d'Ibn Tulun, que l'on visite encore au Caire, remonte à cette époque. Mais la parenthèse nationale est brève et le calife de Bagdad rétablit son autorité sur le pays dès 906.

Un peu plus de 60 ans plus tard, l'Egypte, conquise par les califes fatimides, échappe à nouveau au pouvoir central. Dominant dès cette époque toute l'Afrique du Nord, les Fatimides sont des chiites ismaéliens qui prétendent descendre de Fatima, fille de Mahomet et femme d'Ali.
En 973, les Fatimides installent leur propre capitale en Egypte, ce sera Le Caire. L'emplacement de la cité est choisi en fonction de critères astronomiques très précis. Le califat fatimide, alors en pleine expansion, s'étend jusqu'en Syrie. Les différents califes font de l'Egypte un important centre d'échanges commerciaux entre l'Europe et l'Asie.

En 988, un calife fatimide fait construire la mosquée-université d'el-Azhar, au service de l'islam chiite. Cependant, la population musulmane d'Egypte reste majoritairement sunnite, et se trouve administrée de manière féodale, au même titre que les coptes, les Grecs ou les juifs qui y vivent encore. La cité chiite du Caire leur est alors pratiquement interdite.

Le califat fatimide disparaît dans la grande débandade musulmane des croisades. Les différents souverains arabes consacrent alors plus d'énergie à se faire la guerre entre eux qu'à combattre les croisés, qui ont installé un royaume franc à Jérusalem.

La gloire de Saladin (1169-1250)
C'est pour restaurer l'autorité du calife de Bagdad sur l'Egypte, que Salah-ed-Din el-Ayyubi, connu en Occident sous le nom de Saladin, est envoyé en Egypte. Ce jeune général kurde bénéficie alors d'un grand prestige militaire. Craignant une attaque des croisés, le calife fatimide du Caire accepte de prendre Saladin comme vizir en 1169. En moins de deux ans, le vizir se débarrasse de son calife. Seul maître de l'Egypte, il ne devient pas pour autant "calife à la place du calife" et n'est que sultan, au service du calife de Bagdad. Une autorité religieuse, de pure forme, reste confiée à ce dernier.

En fait, Saladin est tout puissant grâce à ses succès militaires. Il parvient à unifier les musulmans sous son autorité, puis harcèle les croisés et conquiert Jérusalem en 1187.

Le Caire reste le siège de son armée, qu'il a installée sur les hauteurs du Mokattam, un peu à l'écart du fleuve, et à mi-chemin entre Fustat et Le Caire. Il y construit la citadelle et un imposant système de fortifications.
Saladin fonde sa propre dynastie, les Ayyubides, dynastie fidèle à Bagdad, donc de rite sunnite. On assiste alors à la formation des madrasa, écoles religieuses qui transmettent l'orthodoxie religieuse des nouveaux maîtres.

Les sultans mamelouks (1250-1524)
Craignant une invasion mongole, les derniers sultans ayyubides constituent une armée d'esclaves : les Mamelouks. Lorsqu'en 1250 saint Louis arrive à la tête de la VIIe croisade et marche sur Le Caire, les Mamelouks remportent une brillante victoire, capturant l'armée et le roi près de Mansourah. Forts de leur prestige, ils prennent le pouvoir au Caire et instaurent ce qu'il est convenu d'appeler le sultanat Mamelouk.

Dix ans plus tard, Baybars, l'un des sultans mamelouks étend son empire à tout l'Orient arabe. Il kidnappe le calife de Bagdad et l'installe au Caire. Baybars organise un Etat centralisé où l'armée joue un rôle majeur. Sous les Mamelouks le pouvoir se transmet rarement de façon héréditaire. Il se gagne, et se perd, plus souvent dans le sang d'une victoire, ou d'une révolution de palais. La plupart des 47 souverains qui ont régné en 267 ans ont péri de mort violente.
L'origine ethnique des sultans mamelouks est très variable. Baybars est originaire d'Europe centrale, Mélik-el-Mansour est un Germain… Finalement, les Circassiens s'imposeront durant les quarante dernières années de domination mamelouke. Le bilan du règne de ces souverains, considérés comme des étrangers par la population égyptienne, est inégal. Certains ont été très populaires, d'autres considérés comme de véritables tyrans. Certains ont construit des Maristan (hôpitaux) pour les pauvres, d'autres des palais pour les grands… Tous cependant ont garanti la sécurité du pays durant deux siècles et demi.
Les Mamelouks ont aussi profité de leur puissance pour construire des Khan, centres fortifiés de commerce, où les caravanes viennent désormais en toute sécurité échanger les marchandises les plus diverses. La place de l'Egypte dans le commerce international est renforcée, et le pays procède aux échanges commerciaux avec l'Europe.

Sur le plan intérieur, les Mamelouks ont à peu près respecté la diversité de la population égyptienne : les communautés copte, juive, grecque… mais aussi les différentes doctrines de l'islam sunnite. C'est depuis cette époque que quatre écoles juridico-religieuses différentes coexistent dans l'islam égyptien : les écoles shafiite, hanbalite, hanafite et malékite…. En fait, la concurrence entre ces écoles empêchait les savants religieux, appelés oulémas, de s'unir et de contester la légitimité du calife fantoche résidant au Caire.

L'Egypte sous domination ottomane (1524-1798)
En 1453, une armée musulmane dominée par les Turcs, l'armée ottomane, chasse l'Empire byzantin de Constantinople. Le sultan qui dirige cette armée installe sa capitale dans la ville conquise et mène une politique impérialiste contre les chrétiens d'Europe centrale, mais aussi contre les armées mamelouk au Moyen-Orient. En 1524, profitant d'une période d'anarchie en Egypte, Suleyman II, dit le Magnifique, impose un administrateur turc à la tête de l'Egypte. Ibrahim a le titre de pacha et il est secondé par des beys. Rapidement, le calife du Caire est éliminé. Les sultans ottomans ne tardent pas à prendre le titre de calife de l'Empire ottoman.

Suleyman ne veut pas qu'une fois de plus l'Egypte s'émancipe. C'est pourquoi le pacha ne dispose pas de troupes turques. Il n'est pas tenté de se retourner contre le calife de Constantinople. Mais du fait de sa faiblesse, ce pacha est obligé de composer avec les Mamelouks qui demeurent une caste militaire avec laquelle il faut compter. De même, les Européens obtiennent de poursuivre leurs nombreux échanges commerciaux
avec l'Egypte.

A partir du XVIIe siècle, l'autorité de l'empire de Constantinople s'efface à nouveau, sans qu'aucun souverain local ne parvienne à s'imposer. L'Egypte connaît près de deux siècles d'instabilité, les Mamelouks en profitant pour faire connaître leur loi.
L'agitation dynastique qui marque cette période est vécue avec une certaine indifférence sur les bords du Nil. Tenus à l'écart de ces luttes entre seigneurs étrangers, les paysans et les artisans égyptiens n'ont guère changé de mode de vie depuis l'époque antique. La seule différence c'est qu'ils sont désormais majoritairement musulmans. Mais on ne trouve pas trace de révolte ni de soutien populaire à l'un des pacha ou des beys de l'Empire ottoman, pas plus qu'à un mamelouk.

D'autant que la notion de pouvoir politique est alors plus limitée qu'aujourd'hui et s'apparente davantage à un système féodal qu'à un régime d'Etat. Le souverain protège la population des invasions ou des pillages, il s'occupe du commerce international, prélève un impôt et commande les grands travaux… Tout ceci a finalement un impact limité sur la vie quotidienne des Egyptiens, alors régentée par des règles traditionnelles et religieuses bien ancrées. L'organisation communautaire et tribale atténue la tyrannie des souverains.

ENTREE DANS LA MODERNITE
C'est bien imprudemment que les Français qualifient l'expédition napoléonienne en Egypte de rencontre fructueuse entre deux civilisations. Les Egyptiens voient évidemment cela d'un tout autre œil. La conquête napoléonienne reste pour eux une invasion, qui s'est faite les armes à la main. Ils considèrent qu'à cette époque déjà l'Egypte était prête à se lancer dans l'aventure moderne et que notre armée de scientifiques n'y est pour rien. Il reste que le débarquement du 12 juillet 1798 marque une nouvelle rupture dans l'histoire égyptienne.

  1798 Conquête de Napoléon
1801 Les Français quittent l'Egypte
1805 Mohamed Ali Pacha est vice-roi d'Egypte
1849 Mort de Mohamed Ali Pacha
1854 Avènement de Mohamed Saïd qui autorise le percement du canal de Suez
1869 Inauguration du canal de Suez
1875 Le sultan, ruiné, vend ses actions du canal à l'Angleterre
1881 à 1882 Révolte d'Orabi Pacha
1883 L'Angleterre établit un protectorat de fait sur l'Egypte
1899 Constitution du parti national de Moustapha Kamel

Episode napoléonien (1798-1801)
Lorsqu'en juillet 1798 Napoléon débarque à Alexandrie, il n'est pas encore Empereur, ni même Premier Consul, mais un brillant général révolutionnaire. Plusieurs motivations peuvent lui être prêtées pour expliquer cette expédition. La première est stratégique : la France souhaite s'implanter durablement au Moyen-Orient pour concurrencer le Royaume-Uni dans ses échanges avec les Indes. Mais le général s'appuie aussi sur l'idéologie, née des Lumières et de la Révolution, qui veut que la France soit porteuse d'un message de Progrès. Quel pays est mieux à même de le recevoir que la terre des pharaons dont le rayonnement reste légendaire ? Cela explique la présence de plus de 150 savants et artistes que Napoléon entraîne dans l'aventure. Enfin, le destin ultérieur de Napoléon nous autorise à penser que le futur empereur, se prenait un peu pour Alexandre.

A la tête de plusieurs dizaines de milliers d'hommes, Napoléon se rend facilement maître de la situation sur le terrain. La bataille des Pyramides, le 21 juillet, face aux armées mamelouks, est décisive. Mais pendant qu'il se bat sur terre, les Britanniques coulent les navires français qui mouillent en rade d'Abouqir. Les Français n'ont plus les moyens de se retirer et doivent aller au bout de leur conquête. Pendant que savants et artistes parcourent le pays avec une belle gourmandise de savoir, les militaires entreprennent d'administrer l'Egypte pour en faire un pays moderne.

A priori, les Français vivent dans un régime plus progressiste que les seigneurs musulmans qu'ils viennent de déloger. Mais leur domination est plus pénible à la population car ils imposent des réformes dans des domaines jusqu'alors confiés aux autorités communautaires : domaines de droit civil, social, sanitaire… Une première émeute, rapidement maîtrisée, éclate dans le mois qui suit l'installation française.

De son côté, le calife ottoman soutenu par la Grande-Bretagne entreprend de chasser les Français. Ses premières campagnes sont des échecs. Napoléon progresse même à l'est et atteint l'actuel Israël. Mais après plusieurs mois, les troupes françaises s'essoufflent et connaissent leurs premières défaites. La population locale les supporte de moins en moins, et la situation devient de plus en plus en difficile.

Après un peu plus d'un an, Napoléon s'échappe malgré le blocus. Un destin national l'attend à Paris. Kléber, son remplaçant, est assassiné quelques mois plus tard. Le troisième chef de l'expédition française, le général Menou, signe bientôt la rédition française après un débarquement anglais en rade d'Abouqir. Le 14 septembre 1801, l'armée française quitte l'Egypte, rendue au pouvoir ottoman.

Si la présence militaire française est très limitée dans le temps, ses effets se manifesteront bien au-delà. On doit à cette expédition pré-coloniale les ferments d'une présence culturelle durable. D'ailleurs, si la France quitte officiellement l'Egypte, de nombreux Français demeurent. Savants ou officiers, ils vont poursuivre l'œuvre de Napoléon, sous le règne de la nouvelle dynastie. C'est le cas par exemple du général de Sèves, qui deviendra Suleyman Pacha ou du docteur Clot, connu sous le nom de Clot-Bey, médecin qui prendra en charge la santé publique en Egypte (voir description de l'Egypte).

Mohamed Ali Pacha et ses successeurs (1805-1875)
Après le départ des Français, Mamelouks et Ottomans s'affrontent pour contrôler le pays. Fait exceptionnel, la population égyptienne, soulevée par les oulémas, les fameux savants religieux, prendra partie en faveur des troupes ottomanes. L'un des contingents envoyée par Constantinople est albanais. Son chef Mohamed Ali devient le vice-roi d'Egypte, avec l'approbation des oulémas et de Constantinople. Il restaure l'ordre et dissuade, par les armes, les Anglais qui envisagent un moment d'occuper le terrain.
Pour mettre fin à tout risque de contestation intérieure, Mohamed Ali convoque un soir les 500 derniers notables mamelouk à la citadelle. Il leur promet une réconciliation générale. En fait, une fois que les Mamelouks sont sur place, il les fait tous massacrer, mettant fin à l'existence de cette caste militaire redoutable.

Ensuite, ce brillant chef de guerre est envoyé en mission par le calife de Constantinople. Il met au pas la péninsule Arabique, soulevée par la secte wahhabite, conquiert le Soudan, mate quelques insurrections en Grèce, puis, dans son élan, décide d'envahir la Syrie et attaque l'Anatolie (Turquie) où est installé le pouvoir qu'il est censé servir. Il faudra l'intervention conjuguée des puissances occidentales pour que Mohamed Ali renonce à conquérir l'ensemble de l'Empire ottoman. Finalement, il abandonne toutes ses conquêtes extérieures, à l'exception du Soudan, mais obtient en échange l'installation d'un pouvoir héréditaire en Egypte. On est en 1840, la dynastie albanaise est en place. Elle régnera jusqu'à la prise de pouvoir des Officiers libres en 1952.
La fougue, pour ne pas dire la brutalité, et l'intelligence qui ont marqué la politique de conquête de Mohamed Ali se retrouvent également dans sa politique intérieure.

Le souverain, entouré de conseillers étrangers, se comporte en despote éclairé. Il impose au pays une marche forcée vers la modernité qui porte ses fruits : construction du barrage du delta, mise en valeur des terres, développement de la culture du coton, instauration d'un système juridique et d'une administration moderne très inspirée du système français… Un détail qui a son importance, les richesses qui ne tardent pas
à en découler profitent quasi exclusivement au maître du pays qui, comme le pharaon, jouit d'un monopole de propriété. Comme quoi, modernité n'est pas forcément synonyme de progrès.

La mort de Mohamed Ali marque une pause dans la modernisation du pays. Abbas 1er, le nouveau souverain, xénophobe, se méfie des conseillers étrangers et n'autorise durant ses cinq années de règne qu'une seule construction : celle de la ligne de chemin de fer Le Caire-Alexandrie, réalisée par les Anglais.
L'avènement de Mohamed Saïd marque le retour à une politique ambitieuse de réforme. C'est lui qui accorde à son ami de Lesseps la concession du canal de Suez. Il consent même à le financer à hauteur de 40%. Mohamed Saïd permet également à l'archéologue français Mariette de fonder un musée des Antiquités orientales à Boulaq, ancêtre de l'actuel Musée égyptien du Caire. Enfin, il autorise les paysans égyptiens à devenir propriétaires des terres qu'ils cultivent.

Contrôle des puissances occidentales (1875-1918)
Quatrième souverain de la dynastie albanaise, Ismaïl obtient du calife de Constantinople le titre de khédive, qui marque une reconnaissance formelle de son indépendance. En 1869, le khédive Ismaïl inaugure le canal de Suez en grande pompe. La plupart des têtes couronnées d'Europe assistent à l'événement. Pour l'occasion, le khédive a fait construire des palais, percer de larges avenues au Caire, édifier un opéra…
Dans les années qui suivent, l'endettement du souverain devient préoccupant, d'autant qu'il n'y a pas de distinction très précise entre sa caisse personnelle et celle de l'Etat. En 1875, il vend ses actions du canal à l'Angleterre, jusqu'alors hostile à son existence. Un an plus tard, toujours endetté, le khédive doit accepter l'établissement d'un condominium franco-anglais pour gérer les dettes du pays.

Ce contrôle financier ne cessera plus de se renforcer, au détriment des Egyptiens. Une première tentative de résistance se manifeste en 1881 quand le chef du parti nationaliste, Orabi Pacha, devient ministre de la guerre et exige la suppression du contrôle financier.

Un corps expéditionnaire anglais débarque alors en Egypte et écrase les troupes d'Orabi Pacha. La domination militaire de l'Angleterre permet à cette dernière de mettre fin au condominium franco-britannique. Désormais elle administre seule l'Egypte, à la manière d'un protectorat. C'est-à-dire qu'elle maintient en place la dynastie albanaise, mais la soumet à sa volonté. Dans le même temps, un débat politique moderne s'instaure au sein du pays.
L'Egypte entre dans le XXe siècle sous la forme d'une monarchie constitutionnelle, sous protectorat informel de l'Angleterre. En réaction, le premier parti national égyptien est créé en 1899 par Moustapha Kamel qui veut libérer l'Egypte de la domination anglaise et lui faire réintégrer l'Empire ottoman.
La société égyptienne est alors plus cosmopolite que jamais. La tolérance des autorités musulmanes à l'égard des minorités ethnico-religieuses a permis aux Grecs, aux juifs, aux coptes de se maintenir dans le pays. Et, dans la dernière période, la présence de l'armée anglaise favorise l'installation de nouvelles communautés, chassées par l'agitation qui secoue parfois l'Empire ottoman.Arméniens, chrétiens de Syrie et du Liban viennent rejoindre les minorités déjà présentes, les missionnaires et les nombreux voyageurs occidentaux qui se pressent sur les bords du Nil et dans le Delta. Traditionnellement ouverte sur la mer Méditerranée, Alexandrie reprend de l'importance, versant moderne et prospère d'une société égyptienne très injuste. La majorité arabo-musulmane d'Egypte reste tenue à l'écart de cette opulence.

L'Egypte n'est pas à proprement parler une colonie, mais sa population autochtone est durement exploitée. C'est l'époque des tribunaux mixtes où chacun est jugé selon son origine communautaire. L'adjectif "baladi" qui signifie "du pays", et qualifie tout ce qui est proprement égyptien, prend un sens péjoratif. La langue française est alors en usage chez la plupart des Orientaux "cultivés", quand l'arabe n'est employé que par les petites gens. Des émeutes éclatent, d'une violence surprenante de la part de ce peuple que l'on dit parfois le "moins révolutionnaire du monde".
A la tête de cette société très injuste, la monarchie d'opérette est de plus en plus contestée. Les rois, de plus en plus occidentalisés, pensent à leur plaisir personnel et ont peu de projets pour ce pays qu'ils méprisent.


EGYPTE ARABE ET INDEPENDANTE
Il n'est pas possible de dater avec précision la montée du sentiment national, dans un pays qui prétend ne l'avoir jamais abandonné depuis le temps des pharaons. Toujours est-il que la seconde moitié du XXe siècle voit émerger deux phénomènes internationaux qui vont faire basculer la société égyptienne vers l'indépendance : l'émergence des nouveaux pays indépendants et la constitution d'un bloc arabe qui a pour seul point de convergence le refus de l'Etat d'Israël.

  1918 Le parti du Wafd de Saad Zaghloul prend la relève nationaliste
1928 Indépendance formelle de l'Egypte, monarchie constitutionnelle
Fondation des Frères musulmans par Hassan el-Banna
1936 Avènement du roi Farouk
1945 Création au Caire de la Ligue arabe
1952 Renversement de la monarchie
1954 Gamal Abdel-Nasser remplace le général Néguib.
1956 Nationalisation du canal de Suez. Nasser devient un leader du Tiers Monde
1967 Guerre des 6 Jours
1970 Mort de Gamal Abdel-Nasser
1973 Guerre du Kippour
1978 Accord de Camp David. Anouar el-Sadate est prix Nobel de la paix
1982 Assassinat d'Anouar el-Sadate. Evacuation du Sinaï
1991 Guerre du Golfe

Conquête de l'indépendance (1918-1952)
Ancienne colonie anglaise, les Etats-Unis apparaissent comme une grande puissance internationale durant la guerre de 14-18. L'intervention américaine en Europe est décisive, et marque la fin l'hégémonie européenne sur le monde. A la fin de la guerre, le président Wilson estime que les conquêtes coloniales, à l'origine de trop de conflits, doivent être abandonnées, et que les Européens doivent laisser les peuples disposer librement d'eux-mêmes. La France et l'Angleterre, principales puissances visées, en acceptent le principe, mais se comportent sur le terrain comme au bon vieux temps des colonies. Et comme l'Empire ottoman est dans les camp des vaincus de 14-18, elles se partagent allègrement le Moyen-Orient : Irak, Syrie, Liban, Palestine…
En Egypte, les nationalistes espèrent que la doctrine du président Wilson s'imposera et tentent d'obtenir l'indépendance par la négociation. En 1919, une délégation conduite par Saad Zaghloul Pacha décide de se rendre à Londres pour faire entendre les revendications égyptiennes. Le gouvernement anglais refuse de le recevoir, et décide même de l'exiler pour lui apprendre à ne pas réclamer n'importe quoi.

Cette nouvelle soulève les Egyptiens. Saad Zaghloul devient le héros de l'indépendance. Et dans les années qui suivent, le parti de la délégation (en arabe Wafd) gagne de l'influence dans le pays. Réunissant des coptes et des musulmans, le Wafd veut promouvoir un Etat moderne qui mettrait fin aux particularismes communautaires, rendrait ses droits aux Egyptiens de souche, et forcerait l'armée anglaise à quitter l'Egypte. Pour calmer l'agitation chronique, la Grande-Bretagne libère Saad Zaghloul et reconnaît, en 1924, l'indépendance de l'Egypte, monarchie constitutionnelle. L'armée anglaise ne quitte cependant pas les rives du Nil, en vertu d'un accord de sécurité.
Des élections sont organisées en 1924, largement remportées par le Wafd. Saad Zaghloul est nommé Premier ministre du roi, attaché aux intérêts de l'Angleterre. En décembre, une première crise oppose le gouvernement aux Anglais, le roi Fouad dissout l'Assemblée et gouverne par décret. De nouvelles élections sont organisées, encore remportées par le Wafd. Le roi dissout une seconde fois l'Assemblée. Ce petit jeu dure pendant plusieurs années et permet aux autorités militaires anglaises de gouverner l'Egypte "indépendante" à leur guise. Saad Zaghloul meurt en 1927.
En 1928, un instituteur d'Ismaïlya, Hassan el-Banna, horrifié par la grande misère dans laquelle demeure l'immense majorité des Egyptiens, fonde l'association caritative des Frères musulmans.

Très vite, l'action de cette association dépasse le cadre purement caritatif. Au nom de l'identité musulmane de l'Egypte, elle devient une organisation de contestation de l'occupation anglaise et du régime pro-occidental du Caire. Hassan el-Banna prône le retour aux valeurs religieuses, pour libérer le peuple égyptien. Son association rencontre un certain succès. Nasser, comme d'ailleurs Sadate et Moubarak, reconnaîtront en avoir fait partie un jour ou l'autre. A l'époque, le Wafd paraît usé, dépassé, et les Frères musulmans icarnent, aux yeux des Egyptiens, une forme de résistance plus radicale
à l'occupant.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, l'apparition d'Israël soude les pays arabes dans un front du refus. Géographiquement au centre de cette zone, Le Caire abrite le siège de la Ligue des Etats arabes, fondée en 1945. Le premier conflit se termine en 1949 par une victoire surprise d'Israël. Les Egyptiens vivent très mal cette humiliation. Ils comprennent que les Anglais font le jeu de l'Etat hébreu et ne les laisseront jamais se doter d'une armée vraiment dangereuse pour ce dernier.

En 1952, le mécontentent populaire est tel que de violentes émeutes éclatent. Tous les symboles de l'Occident sont pris pour cibles. La monarchie d'opérette qui règne au Caire est incapable de rétablir durablement l'ordre, et l'Angleterre ne peut plus se payer le luxe d'une reconquête militaire de l'Egypte. L'armée égyptienne prend alors les choses en main, dans une relative indifférence internationale.

Egypte nassérienne (1952-1970)
Le Comité des officiers libres, dirigé par Gamal Abdel-Nasser, prend le pouvoir en Egypte le 23 juillet 1952. Trois jours plus tard, le roi Farouk abdique et part en exil. Son fils, encore enfant, régnera jusqu'à l'abolition de la monarchie en juin de l'année suivante.
La République égyptienne est d'abord présidée par le vénérable général Néguib, même si l'on sait déjà que le jeune Nasser (34 ans) est l'homme fort de la junte au pouvoir. A la fin de l'année 1954, Néguib est officiellement déposé au profit de Gamal Abdel-Nasser. Le Royaume-Uni négocie déjà le départ de ses troupes.

La politique de la nouvelle République apparaît un peu comme la revanche des Egyptiens en Egypte. La politique sociale et les réformes agraires sont largement favorables au petit peuple, qu'il soit copte ou musulman. L'Etat construit des écoles, des hôpitaux publics… Les privilèges jusque-là accordés aux minorités sont supprimés. Pour rester en Egypte, elles doivent se soumettre au régime juridique ordinaire. L'arabe devient la langue officielle, son enseignement est imposé dans tous les établissements, même ceux tenus par des missionnaires étrangers… Une politique progressive de nationalisation des biens achève de ruiner les intérêts de "grandes familles" réduites à l'exil. Enfin, la situation des juifs est la plus difficile : ils sont soupçonnés d'être complices d'Israël. En quelques années, 30000 d'entre eux émigrent vers l'Etat hébreu.

A l'extérieur, Nasser défend une politique très hostile à l'Etat juif mais aussi farouchement indépendante par rapport aux grandes puissances, ce qui lui vaut alors d'être comparé à Hitler en Occident. Pour le Tiers Monde, et en particulier le monde arabe, Nasser symbolise, en revanche, la voix vigoureuse des opprimés.

En 1956, ne trouvant pas de financement international suffisant pour son projet de Haut-Barrage à Assouan, Nasser décide de nationaliser le canal de Suez. Le Royaume-Uni et la France, tentent d'intervenir militairement, l'U.R.S.S. se fâche et les Européens, "lâchés" par les Etats-Unis, doivent faire marche arrière. En 1967, Nasser veut livrer une guerre décisive à Israël. Cette guerre des 6 Jours sera une nouvelle défaite pour les Arabes. Non seulement Israël n'est pas atteint, mais il occupe le Sinaï et Gaza. Après cet échec cuisant, Nasser démissionne. Des manifestations populaires le ramènent au pouvoir. Il meurt en 1970.
Le bilan de l'époque nassérienne est contrasté. Sur le plan politique, Nasser se comporta comme un tyran, en imposant un parti unique et en internant des dizaines de milliers d'opposants. Démagogue, il sut s'attirer l'affection du petit peuple. D'autant que son héritage social est incontestable. Le peuple eut enfin accès aux hôpitaux, aux écoles, longtemps réservés aux grandes familles. Comme Mohamed Ali, Nasser a également lancé de grands travaux, pour mettre en valeur le pays. A la différence de ce dernier, il ne s'est pas enrichi.

Les Egyptiens sont aujourd'hui très nostalgiques de l'image qu'il sut donner à leur pays sur la scène internationale. Il regrettent ce président galvanisant les Etats arabes, tenant tête aux Occidentaux et agressif envers Israël. Pourtant, point faible de son bilan, les tentatives de rassemblement du monde arabe, comme l'union avec la Syrie ou la Libye, ont toutes échoué. En fait d'indépendance, l'Egypte s'est trouvée, du temps de Nasser, très liée à l'Union soviétique. Et pour ce qui est d'Israël, Nasser perdit le Sinaï et Gaza dans sa guerre avec l'Etat hébreu.

Sadate, opportuniste et visionnaire (1970-1981)
A la mort de Nasser, le vice-président Anouar el-Sadate hérite du pouvoir. Il prend ses distances avec l'Union soviétique et entame une timide démocratisation du régime : quelques partis politiques sont autorisés. En 1973, l'Egypte lance une nouvelle offensive contre Israël, qui se traduit par une nouvelle défaite. Mais pour une fois Israël a eu chaud. Sa ligne de défense sur le Sinaï a été enfoncée, en partie grâce à l'aviation commandée par Hosni Moubarak. Le 6 octobre, jour de cette offensive, devient jour de fête nationale et demeure dans l'histoire égyptienne comme la victoire du 6 octobre.
Cette guerre éclair, au bilan en demi-teinte, permet au gouvernement israélien et à Anouar el-Sadate de comprendre que la coexistence pacifique est la seule solution raisonnable pour les deux pays. Près de 20 ans avant les autres pays arabes, Sadate entame un discret rapprochement avec Israël, sous le parrainage des Etats-Unis, nouvel ami de l'Egypte. En 1978, un accord de paix israélo-égyptien est signé à Camp David, aux Etats-Unis. Israël consent à restituer le Sinaï, perdu par Nasser.

Cette inflexion à 180° de la politique égyptienne est menée sans concertation avec les pays voisins. Jusqu'alors fer de lance de la cause arabe, voilà l'Egypte exclue de la Ligue du même nom. Mais Sadate n'en a cure. De même, il ne prend pas la peine d'expliquer sa nouvelle politique au peuple égyptien. Certains intellectuels désapprouvent la politique de réconciliation avec Israël, ils sont muselés avec la même brutalité que du temps de Nasser.

Sur le plan économique, Sadate rompt avec la politique de tendance socialiste de Nasser. En fait, il n'a guère le choix : l'accroissement démographique est tel qu'il ne permet pas le maintien de l'Etat providence. En outre, l'activité économique souffre du poids de la bureaucratie que le régime nassérien a mise en place. Enfin, la nouvelle amitié avec les Etats-Unis justifie quelques sacrifices sur l'autel du libéralisme. C'est ce qu'on appelle l'ouverture, ou "Infitah". Rétrospectivement, cette politique courageuse pourrait être mise au crédit du président Sadate, si cette période n'avait pas été la pire en matière de corruption. La famille du président profite sans vergogne du système. Tandis que les plus pauvres regrettent la politique généreuse de Nasser.
En 1981, des troubles gagnent le pays. En Haute-Egypte, ils se traduisent par des affrontements confessionnels entre les Frères musulmans, interdits mais toujours actifs, et les coptes. Sadate voit son autorité de plus en plus contestée et, en septembre 1981, il décide de mettre tout le monde d'accord et lance une vague d'arrestations sans précédent : intellectuels nassériens, Frères musulmans et dignitaires coptes sont visés. Certains tâtent du cachot, d'autres sont envoyés en résidence surveillée comme le pape des coptes, Chenouda III.

Le 6 octobre de cette même année, alors qu'une parade célèbre la victoire de 1973, Sadate est assassiné par un petit groupe de militaires islamistes. Quoi qu'on en dise, Anouar el-Sadate a été davantage pleuré en Occident qu'en Egypte. Ce président visionnaire, dont on pense qu'il se prenait un peu pour un pharaon, n'était sans doute pas assez à l'écoute de son peuple. Il repose aujourd'hui sous une sorte de pyramide moderne dans la banlieue du Caire.

Le désenchantement (1981 à nos jours)
Hosni Moubarak, vice-président d'Anouar el-Sadate, prend la tête du pays et parvient à détendre la situation : le régime politique s'assouplit à nouveau. De même, le président se rapproche des autres pays arabes. Et l'Egypte réintègre la Ligue en 1988.

Hosni Moubarak est un homme simple. On ne lui prête ni le charisme ni la vision politique de son prédécesseur, mais le peuple égyptien apprécie, au moins au début, la modestie de ce président de bonne volonté.

Il lui en faut une bonne dose d'ailleurs, pour faire face aux difficultés que connaît le pays. Non que les réalisations de ses prédécesseurs aient toutes été inutiles, mais elles ne suffisent pas à faire face à l'accroissement de la population. La modernisation du pays est trop lente et une grande partie de ses habitants connaît une existence de plus en plus difficile.

De plus, les dividendes de la paix s'avèrent moins juteux qu'on ne l'a fait croire au peuple égyptien. Bien que l'Egypte soit un allié fidèle des Etats-Unis, les instances internationales ne cessent de réclamer de nouvelles ponctions dans l'économie égyptienne.

Les Frères musulmans, hostiles à la paix avec Israël, profitent de cette situation pour dénoncer un régime "à la solde des Américains et des Israéliens". Plusieurs partis politiques de gauche, déçus par l'échec des pays socialistes, se réfugient eux aussi dans les théories islamistes. Puisque Israël et l'Occident s'entendent pour maintenir l'Egypte dans la misère, il faut rompre avec ces alliés et promouvoir l'identité musulmane du pays. D'autant que, face à la démission de l'Etat, les Frères musulmans mettent en pratique une politique généreuse : ils ouvrent des dispensaires, des écoles, distribuent de fonds d'aide humanitaire… Et, durant les années 80, l'opinion égyptienne se laisse séduire par cette tendance. On assiste à un renouveau de la pratique religieuse. L'association des Frères musulmans trouve de nombreux relais au sein de la société égyptienne. Il s'agit souvent de notables et de petits bourgeois, qui mettent leur influence au service de l'association. Ils infiltrent les syndicats professionnels, l'université, la justice… Personne ne sait quelle est la situation au sein de l'armée, principal soutien du régime. L'objectif des Frères musulmans n'est pas forcément de renverser la République mais de la rendre conforme aux préceptes coraniques. Leur influence est croissante, notamment au sein de la justice. Au cours de retentissants procès, ils parviennent à faire interdire des films, et vont jusqu'à imposer le divorce à un professeur d'université, accusé de diffuser des thèses anti musulmanes.

Enfin, une petite poignée d'excités semble déterminée à combattre, par les armes, le régime du président Moubarak. Ils ne sont pas très nombreux, mais tiennent la police en échec depuis des années, dans l'indifférence générale. A partir de la guerre du Golfe, où l'Egypte est une fois plus du côté des Etats-Unis, les actions terroristes se multiplient. D'incessantes échauffourées entre policiers et militants islamistes endeuillent la Haute-Egypte.
Des personnalités sont également la cible d'attentats. En 1992, Farag Foda, tête de file des intellectuels laïcs est assassiné. Les hommes politiques ont plus de chance. Trois ministres échappent à des attentats en 1993 : le Premier ministre, celui de l'Intérieur et celui de l'Information. En 1994, le prix Nobel de littérature, Naguib Mahfouz, pourtant plutôt conservateur, est poignardé dans la rue. Par chance, le vieil homme survit à ses blessures. Enfin, en 1995, Hosni Moubarak est la cible d'une tentative d'attentat perpétrée à Adis Abbeba en Ethiopie. A travers le pays, les coptes font aussi les frais de cette violence, victimes d'agression de la part des terroristes islamistes. Lesquels n'hésiteront pas également à s'attaquer aux voyageurs étrangers de passage. Les saisons touristiques 1993 et 1994 pâtiront de cette violence. Mais les touristes seront de retour dès l'année 1995.

La répression policière a déjà montré ses limites face au terrorisme. L'ordre règne dans les grandes villes, mais les campagnes sont en état de soulèvement quasi permanent. Cependant, le régime ne semble pas décidé à apporter une solution politique à ce problème. Le mauvais déroulement des élections législatives de décembre 1995 l'a démontré. Les candidats indépendants ou d'opposition, qui ne représentaient pas une menace pour le parti au pouvoir, ont été impitoyablement écartés du Parlement, à la suite de violences qui ont fait des dizaines de morts. Sur 400 sièges, moins de 10 échappent au Parti national démocrate du président Moubarak.

"Réélu" en 1993 pour un troisième mandat, le président pourrait rester à la tête de l'Egypte jusqu'à la fin de ce siècle. Il aura alors 75 ans. Mais il ne bénéficie plus de la confiance du peuple. Son honnêteté est mise en doute, et les Egyptiens ne se font aucune illusion concernant celle de son entourage. Usé, le président refuse d'envisager sa succession et n'a toujours pas nommé de vice-président. Il est vrai que son principal atout pour se maintenir au pouvoir reste l'absence de rival sérieux, au sein du régime comme dans l'opposition.

   
 

   
 

PHARAONS ET DIVINITES

Depuis que l'on sait déchiffrer les hiéroglyphes, la religion des anciens Egyptiens fait l'objet d'un quantité impressionnante d'ouvrages savants. Il faut dire que le sujet est d'une richesse inépuisable. La civilisation antique a duré près de 25 siècles, au cours desquels les discours et les pratiques religieuses des Egyptiens ont évolué. Le déroulement de l'histoire a vu les mythes s'affiner, s'enrichir, se contredire parfois… mêlant intimement la vie des rois, celle des dieux, et les grands phénomènes naturels.

Il est donc impossible de vous expliquer TOUT ce que vous avez toujours voulu savoir sur les pharaons, sans jamais oser le demander. En revanche, la connaissance d'une ou deux légendes fondatrices et de quelques notions de base, vous serviront de clé pour apprécier peintures et bas-reliefs qui ornent les temples.


Vie éternelle et rite funéraire.
Le soleil, appelé Rê, est la puissance naturelle la plus vénérée des anciens Egyptiens. Lorsqu'ils le voient disparaître, chaque soir, ils disent qu'il voyage dans un monde invisible, un au-delà, appelé Amdouat. Il en revient chaque matin assurant ainsi la survie du monde des vivants. La mythologie décrit avec beaucoup de précision l'Amdouat, que les Egyptiens intègrent dans leur représentation du monde. La frontière qui sépare mondes visible et invisible est représentée comme un large fleuve, inspiré du Nil.

Lorsqu'un homme meurt, son âme est censée suivre Rê dans son voyage. Mais à la différence du soleil, elle reste éternellement dans le monde invisible. Dès lors, sa survie nécessite que son corps et une partie de ses richesses terrestres suivent le défunt dans le monde invisible. Il faut donc à tout prix les conserver et les cacher. C'est pourquoi les corps sont embaumés avant d'être placés dans des tombes inviolables.

Parallèlement au travail d'embaumement pratiqué sur la dépouille, on considère qu'un travail de préparation de l'âme est accompli sur l'autre rive par les dieux, et en particulier Anubis, le dieu à tête de chien, qui présente le mort à Osiris. Ce dieu, adoré avec la plus grande ferveur par les Egyptiens, soupèse les vertus des défunts et leur dispense les enseignements qui les font accéder à la vie éternelle.

Momification.
L'Egyptien qui aspire à la vie éternelle doit disposer d'un corps en bon état. D'où la momification, une technique qui s'est élaborée peu à peu et qui a fini par s'institutionnaliser et devenir une tradition caractéristique de l'Egypte antique. L'embaumement, auquel procède un prêtre au visage caché par un masque d'Anubis, commence 2 à 3 jours après le décès. Le cerveau est extrait au moyen d'un crochet de fer enfoncé dans les narines et un composé liquide est injecté pour liquéfier les résidus. Le flanc est incisé au moyen d'une pierre aiguisée et tous les viscères (on laisse parfois le cœur) sont retirés, ainsi que les globes oculaires. Les cavités vidées de leurs substances sont nettoyées au vin de palme et aux liqueurs aromatiques, puis remplies d'un amalgame de tissus imprégnés de résine qui durciront en refroidissant. Les viscères, également nettoyés, sont placés dans des vases dits "canopes" qui rejoindront le sarcophage dans la tombe.

L'incision abdominale recousue, le corps va macérer pendant 70 jours, dans une substance de soude naturelle qu'on appelle natron. Le corps est ensuite lavé puis patiemment enveloppé de fines bandelettes de coton, enduites d'une résine grasse et collante, entre lesquelles on insère diverses amulettes. Un scarabée est placé sur ou à la place du cœur. On enveloppe enfin le tout dans un linceul qui s'arrête au cou, aux poignets et aux chevilles. La momie est parée pour rejoindre son sarcophage et les funérailles peuvent commencer.

Les différentes momies retrouvées à l'époque moderne ont donné lieu à de nombreuses expositions, au cours desquelles certaines ont été endommagées. Dans les années 70, on s'est beaucoup inquiété pour Ramsès II, dont la momie semblait gagnée par une espèce de champignon. Des scientifiques français ont proposé de l'examiner. Ramsès II a donc été acheminé en avion à Paris, où il a été reçu avec tous les honneurs dus à un chef d'Etat (mort tout de même depuis 3 000 ans). L'examen et la restauration de la momie a duré plusieurs mois. Puis le pharaon est retourné en Egypte, où sa momie
a été entreposée et exposée dans de meilleures conditions qu'auparavant. La salle des momies du Musée égyptien a été fermée durant plusieurs années par le président El-Sadate, qui ne jugeait pas très convenable d'exhiber des cadavres. Elle est à nouveau ouverte.


Mythe d'Osiris et pouvoir dynastique.
De naissance divine, Osiris, est un roi juste et généreux qui enseigne l'agriculture et de hautes valeurs morales à son peuple. Il est marié à sa sœur Isis. Mais il a aussi un frère, Seth, jaloux de son succès. Un jour, Seth assassine Osiris, le dépèce et jette les morceaux dans le fleuve, pour monter à son tour sur le trône d'Egypte. Inconsolable, Isis veut retrouver son mari à tout prix. Elle veut lui donner un fils qui vengera ce crime. Elle retrouve chaque partie d'Osiris et le reconstitue à Abydos où se trouvait la tête. Par la magie, elle parvient à recueillir la semence de son défunt mari, donne vie à Horus. Devenu adulte, Horus affronte Seth dans une terrible bataille, dont il sort victorieux. Représenté sous la forme d'un faucon coiffé du pschent (couronne de Haute et de Basse-Egypte) il règne sur le monde vivant, tandis que son père règne sur celui des morts.

A partir de ce mythe, tout pharaon vivant est assimilé à Horus, alors que les pharaons morts rejoignent Osiris dans le monde invisible. Contester l'autorité du souverain revient à encourir la colère de celui qui règne dans l'au-delà.


Lexique pharaonique
Dromos. Allée, généralement bordée de sphinx, qui conduit à l'entrée principale du temple.
Hypogée. Tombeau souterrain creusé dans la roche.
Mammisi. Petite construction placée à côté du temple principal et servant à la célébration de la naissance symbolique du dieu-enfant.
Mastaba. Désigne à l'origine le banc en argile qui se trouve dans toute maison traditionnelle et dont la forme est assez semblable aux tombes de l'Ancien et du Moyen Empire. Auguste Mariette (archéologue qui découvrit le Serapeum de Saqqarah) appellera ainsi les tombeaux des seigneurs memphites.
Naos. Dans l'Egypte ancienne, partie centrale du sanctuaire, souvent sculptée d'une seule pièce dans le granit, et destinée à recevoir la statue du dieu.
Obélisque. Ces pierres monolithes, dressées généralement par paires, sur le devant des portiques, servaient de support au pyramidion placé à leur sommet. Leur fonction symbolique était de capter l'énergie divine produite par l'astre solaire.
Serdâb. Espace clos à l'intérieur d'une tombe où se tient la statue du défunt qu'une mince fente permet d'entrevoir depuis la salle des offrandes.
Sphinx. Gardant l'accès aux temples égyptiens, c'est une créature au corps de lion et à tête humaine (représentant le pharaon), ou au corps de lion et à tête animale, comme celle d'un bélier. Dans ce cas, l'animal représenté figure le dieu protégeant le temple.
Pylône. Composition monumentale qui encadre le portail d'entrée d'un temple dans l'Egypte pharaonique.
Pschent. Coiffure des pharaons, formée par la réunion des deux couronnes (mitre blanche de la Haute-Egypte et mortier rouge de la Basse-Egypte).
Ptolémée. Nom porté par les rois grecs d'Egypte de la famille des Lagides (305 à 30 avant J.-C.).

   
 



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